vendredi 6 janvier 2012

L’homme qui avait épousé sa servante, ou la femme qui épousa son jardinier

Si vous êtes amené à vous concentrer totalement sur un objet autre que celui qui vous mobilise, une certaine transcendance se trouve impliquée dans cette concentration.
Glenn Gould - Entretiens - 1977.


On se rappelle que nos sociétés sont accrochées à un objectif quasi obsessionnel : la croissance économique. On se rappelle aussi que la croissance économique d’un pays est mesurée, mois après mois, trimestres après trimestres, années après années, par l’augmentation de son PIB.
Que la recherche quasi obsessionnelle de la croissance soit contestable, pourquoi pas ? Encore faut-il avoir bien compris que le contraire de la croissance, qu’on ne peut qu’appeler « décroissance », suppose une refonte totale de notre organisation sociale et politique. La « décroissance » ne peut être qu’une simple abstinence généralisée, une moindre consommation « matérielle » de toutes et tous fondée sur de forcément bonnes raisons écologiques, morales, religieuses ou spirituelles. Qui en effet peut nier qu’il pourrait sans peine consommer moins, chaque jour, que ce qu’il fait ? Et qui ne s’est jamais dit, entrant dans une grande surface quelconque et ainsi confronté à l’immense « accumulation de marchandises » qui s’ouvre à lui, qu’il y avait là, quand même, quelque chose de superflu, d’inutile, d’indécent, voire de scandaleux ? Là-dessus on est tous d’accord, ou presque. Maintenant, imaginons, ne serait-ce qu’un instant, que nous décidions, tous, ensemble et d’un seul coup, de mettre fin à ce « gâchis », et que nous ne consommions plus, effectivement, chacun, que ce qui nous paraît le strict nécessaire. La consommation baisse. La production suit et baisse également, et alors, il faut revoir, au minimum, aussi : la répartition des revenus, la répartition de l’emploi, le temps de travail, tout un ensemble de choses dont une qui n’est pas des moindres à tous points de vue : l’organisation du temps, de notre temps, du temps de chacun, dans la journée, la semaine, le mois et l’année. Bref, rien moins qu’une « révolution » touchant tous les aspects de la vie sociale.
Tout cela pour dire qu’il est bien sûr possible de penser et revendiquer un monde sans croissance économique, mais que ce n’est pas simple, loin de là.

En revanche, s’attaquer au PIB, mettre en cause la pertinence de cet indicateur « universel », c’est beaucoup plus facile. Et les économistes, les sociologues et autres philosophes ne s’en sont pas privés, et depuis assez longtemps. Ils n’ont pas attendu, en effet, pour cela, qu’un Président fraîchement élu (en 2007, en France) convoque, sur la question, une Commission composée, entre autres, de deux prestigieux prix Nobel d’Economie ! La critique du PIB remonte, au minimum, chez les économistes, aux années 1970.

« - Mais alors, ce PIB, au juste, que lui reproche-t-on ?
- Bien des choses. Et d’abord de ne pas en dire assez sur ce que l’on pourrait appeler le « bien être».
- Le bonheur ?
- Mais non. Pas le bonheur. Le « bien-être » ! Rien que le « bien-être ». Juste le « bien-être ». C’est plus simple.
- Je comprends.
- Le PIB mesure la richesse économique créée, les revenus distribués, au cours d’une année. Un PIB élevé signifie donc une forte création de richesses. Et un PIB qui augmente est le gage de l’enrichissement d’une Nation. Mais si la quantité de biens disponibles, le montant des revenus, contribuent massivement au « bien-être » (le « bien-être collectif » comme les « bien-être » individuels) ils ne suffisent pas pour autant à le définir totalement. Car le « bien-être » ne se réduit pas à la richesse « matérielle » et ce…
- Je sais, je vous vois venir…
- Tiens donc ?
- Si.
- Je vous écoute.
- La dialectique de l’être et du lavoir…
- Vous voulez dire « de l’être et de l’avoir » sans doute ?
- Heu…
- La futilité de l’avoir… l’être comme Principe ?
- Oui. C’est cela. C’est exactement cela !
- La pesanteur et la Grâce.

-Oui.
- Ola ! Je vois que vous avez lu les philosophes vous ! Et vous ne le disiez pas…
- Si peu…
- Et alors ! Si peu, c’est toujours plus que rien !
- Juste quelques phrases de Kant…
- Bravo !
- En lisant Kador…
- Kador ?
- Mais oui, Kador, le chien des Bidochon…
- Bidochon ? What else ?
»

Bref, tout le monde est d’accord (pas Kador !) pour dire que le PIB et son évolution sont sans contestation possible des indicateurs insuffisants du « bien-être » d’une société et des individus qui la composent. Cela pour de multiples raisons dont une nous intéressera particulièrement ici : le PIB ne rend compte, par définition, que de ce qui est mesuré « officiellement ». Ce qui veut dire d'abord que le PIB ne considère que des données officiellement déclarées. Ce qui veut dire ensuite que le PIB ne tient pas compte de tout un ensemble de choses : ces services, pour l'essentiel, que l’on se rend, les uns les autres, de façon bénévole, sans jamais qu’il n’y ait d’échange monétaire en contrepartie, et sans lesquelles la société n’existerait tout simplement pas.

Sur le côté officiel du PIB, et donc sur l’existence d’échanges monétaires parallèles, « sous-terrain », non officiels, non déclarés, il y a peu à dire. On pense en particulier à ce qu’il est coutume d’appeler le « travail au noir ».

« Du « travail au noir » ? Quelle drôle d’expression.
- Elle désigne des « Activités -salariées ou non- exercées de manières occultes en violation de la loi. Travailler sans être fiscalement déclaré. Cette expression n’a rien à voir avec l’esclavage, du moins pas du peuple noir !!! « Travailler au noir » trouve son origine au Moyen-âge. A cette époque, le travail était réglementé de telle manière qu’il ne soit effectué qu’à la lumière du jour. Or, certains maîtres faisaient travailler leurs employés le soir à la lueur des chandelles ceci dans un souci de rendement optimum et sans grande considération pour le bien-être des ouvriers. Cette pratique étant interdite par la loi, ce labeur illicite s’appela « travailler au noir » en raison du contexte. »
- Ah ?
- Oui. Vérifiez, c’est ici.

- Merci.
- De rien
».

Or il se trouve que le « travail au noir » contribue bien à une authentique création de richesse, au sens économique du terme, pour l’acheteur comme pour le vendeur. (Exemple : Vous faites réparer votre douche par un plombier. Vous le payez en liquide, de la main à la main.) Et cette création de richesse participe ainsi, d’une certaine façon, à l’amélioration du « bien-être » (le vôtre comme celui de « votre » plombier). Mais attendu que la transaction associée à cette création de richesse n’est pas déclarée, elle ne sera pas prise en compte dans le PIB de l’année.
Ainsi donc, comparer le « bien-être » de deux pays sur la base de leur PIB officiel (ou de leur taux de chômage officiel si l’on veut relier le propos à la question de l’emploi), n’est pas totalement pertinent. Il est possible que finalement l’on vive « mieux », que le « bien-être » soit meilleur, dans un pays avec un moindre PIB par habitant si dans ce pays une partie importante de la création de richesse se fait de façon libre, volontaire, décente mais non déclarée. On a bien dit « de façon libre, volontaire, décente ». Pourquoi cette précaution ? Pour bien démarquer le « travail au noir » dont il est question ici d’autres types d’activités économiques non déclarées et a priori moins « sympathiques » que sont : le travail clandestin, la fraude et l’évasion fiscales, les activités criminelles (drogue, prostitution, jeux). Le montant de la production réalisée par du « travail au noir » serait en France de l’ordre de 4 à 5% du PIB.

( Note à l’attention de nos Ministres (les actuels comme les futurs) adeptes du « calcul mental » en général et de la « Règle de Trois » en particulier.
Quand on dit que le « travail au noir », dans un pays, c’est environ 5% du PIB, cela ne veut pas dire que 5% du PIB est le fait d’activités non déclarées ! Il faut les ajouter, ces 5%, au montant du PIB, pour obtenir une évaluation de la richesse réellement créée au cours de l’année. Pour un PIB d’environ 2 000 milliards d’euros (c’est en gros le montant du PIB français en 2011), il faut donc ajouter quelque chose comme 100 milliards d’euros.
Fin de la note à l’attention de nos Ministres (les actuels comme les futurs) adeptes du « calcul mental » en général et de la « Règle de Trois » en particulier. )

Mais si l’on veut critiquer le PIB comme indicateur de « bien-être », il y a beaucoup mieux. Il y a surtout, en effet, tout ce qui est produit et échangé, chaque jour, légalement cette fois, mais sans qu’il n’y ait jamais, en contrepartie, un quelconque paiement monétaire. Aucune prise en compte dans les chiffres officiels donc. Et bien sûr, à l’arrivée, aucune « création de richesse », officiellement toujours. Et pourtant…
Car pensez à toutes ces activités domestiques (tout ce que l’on fait chez soi, comme ça, entre soi : vaisselle, cuisine, lessive, repassage, éducation des enfants, toilettage des animaux de compagnie, etc.). Pensez aussi à toutes ces activités bénévoles, comme je ne sais pas moi… l’écriture d’un blog par exemple (quand je pense à ce que gagnent certains qui s’expriment dans nos medias pour dire ce qu’ils disent ! ça m’énerve gravement ! et me donne envie d’avaler un sushi en regardant Marine Le Pen danser le Lac des Cygnes !)… non, plus sérieusement, pensez à tous ces services que l’on peut se rendre, entre voisins, collègues, amis, entre inconnus mêmes, parfois, ou encore tout ce travail effectué, chaque jour, par les bénévoles dans le cadre d’associations.
Imaginez que subitement ces activités, toutes ces activités, disparaissent ! C’est alors rien moins que la société qui s’effondre ! Pire encore ! Imaginez qu’elles deviennent toutes des activités marchandes, comme ça, d’un coup ! et qu’il faille toujours, en échange, en payer le prix ! Brrr ! Quelle horreur !

Mais bon, voyons cela de plus près avec un exemple, un classique des classiques en la matière, que l’on trouve dans tous les manuels d’Economie ou presque, au chapitre « Les limites du PIB », et voyons aussi, en passant, comment, souvent, pour ne pas dire toujours, il est insuffisamment argumenté. Cet exemple ? C’est l’histoire d’un homme qui épouse sa servante, mais elle pourrait tout aussi bien être celle d’une femme qui épouse son jardinier.

Il était une fois un homme. Cet homme vivait seul. Surmené par un travail très prenant, il avait embauché une servante, femme à tout faire, pour s’occuper de toutes les tâches domestiques qu’il ne pouvait faire lui-même, faute de temps. Le tout dans la plus parfaite des conformités légales bien sûr : il lui versait, et déclarait, officiellement, chaque mois, un salaire brut de 1 000 euros. Si bien que si l'on cherchait, dans le PIB du pays, à la loupe (une loupe puissante cela dit, bien plus proche, en termes de puissance, du microscope électronique que du quotient intellectuel de Jacques Séguéla), on y verrait figurer, chaque année, un montant de 12 x 1 000 euros au titre du travail effectué par la servante, soit 12 000 euros.
On raconte alors qu’au fil des années, la relation strictement marchande qui unissait l’homme à sa servante se transforma en une relation sentimentale, puis en relation amoureuse, et qu’ils décidèrent finalement de se marier. Bien sûr à compter de ce jour, la femme continua de s’occuper des tâches domestiques du foyer (Hi Hi). Et bien sûr encore, son désormais époux cessa de la payer (où l’on voit qu’il est des mariages qui s’avèrent économiquement rationnels dans leur conséquence quand bien même cette rationalité économique ne figurait pas dans leur intention, ce qui est vrai, d’ailleurs, pour de nombreuses décisions autres que le mariage…).
Jusque là rien à dire. Et si nous suivions la plupart des manuels d’Economie, voici quelle serait la conclusion de l’histoire : si le mariage n’a rien changé à la « réalité » des choses (le ménage, les courses, la cuisine, le lavage du linge et des vitres, le repassage, le lustrage des chaussures, la vaisselle, la toilette du chien, etc., continuent d’être faits tout comme avant, peut-être mieux même, l’Amour aidant…), le PIB, lui, a chuté de 12 000 euros ! Et de conclure qu’il serait faux de voir dans cette « chute » du PIB la mesure d’une perte nationale de « bien-être ». D’où la critique du PIB comme seul indicateur de « bien-être ». CQFD.

En vérité, si cet exemple illustre bien un principe, ce principe que l’on souhaitait démontrer, savoir que le PIB est un indicateur imparfait du « bien-être » d’une Nation, il reste que sa conclusion est discutable. Dire en effet que le PIB a chuté de 12 000 euros suppose de faire l’hypothèse qu’une fois marié, l’homme ne dépense plus les 12 000 euros de salaires qu’il versait auparavant à son ex-servante-désormais-son-épouse. Or cela n’a rien d’évident. Et a priori, on ne sait pas.
Pour se faire une idée claire des conséquences économiques de ce mariage, il faudra chercher à en savoir un peu plus, pas beaucoup plus certes, mais un peu plus quand même, sur la volonté du mari d’abord : souhaite-t-il dépenser tout ou partie de ces 12 000 euros désormais disponibles ?; mais aussi sur la situation économique du pays, ensuite : si le mari souhaite dépenser l’intégralité des 12 000 euros, les entreprises seront-elles en mesure de produire ce qu’il désirera acheter ?; si en revanche le mari souhaite n’en dépenser qu’une partie seulement, et épargner l’autre, y aura-t-il « quelqu’un », dans l’économie, qui empruntera cette épargne et la dépensera à sa place ? Seule une réponse à ces questions permettra d’aboutir à une conclusion définitive, permettant de dire si oui ou non ce mariage a contribué à réduire le PIB du pays (C’est aussi comme cela, d'ailleurs, qu’il faudrait discuter la question des répercussions de ce mariage sur l’emploi national et ne pas déduire benoitement - aucun rapport avec l'actuel Pape - que ce mariage a fait baisser l'emploi d'une unité dans le pays considéré).

Retenir donc, d’abord, que la critique du PIB n’est pas la même chose que la critique de la croissance économique. Critiquer le PIB ne veut pas dire remettre en cause la croissance car on peut être « Pour la croissance ! » et « Contre le PIB ! » comme indicateur exclusif de la situation économique, sociale voire politique d’un pays.
Et retenir aussi, surtout, en passant, la petite « Leçon d’Economie » de la fin, sur laquelle on ne cesse de revenir et sur laquelle on reviendra encore, forcément, qui rappelle qu’il importe de toujours dépasser la logique des seules apparences immédiates dès lors que le propos concerne l’Economie (nationale ou internationale) considérée dans son ensemble. Voyez ainsi, c'est un autre exemple - en gros le cas inverse de notre histoire de l’homme qui épousa sa servante - ces conclusions auxquelles on aboutit toujours trop vite quand on traite des conséquences économiques de certaines destructions, ou de certaines catastrophes, conclusions du type : « C’est bien triste tout ça, mais ça aura au moins le mérite de faire repartir l’économie nationale », conclusions qui trop souvent font, sans même le savoir, l’hypothèse que les sommes dépensées pour réparer les dégâts, pour reconstruire ce qui a été détruit, ne l’auraient pas été sinon. De la pertinence ou non de cette hypothèse, entre autres choses mais notamment, dépendra la validité de la conclusion.

Sur ce, une petite pause mystique, histoire de bien commencer cette année qui s'annonce, étrangement, présidentielle et olympique à la fois.

19 commentaires:

WebOL a dit…

Cher Serenis, je ne comprends pas un point fondamental de votre(*) billet, qui nuit gravement à sa compréhension : en quoi la musique, ou du moins celle de Villa-Lobos est-elle mystique ? Peut-être que Glenn Gould, proche des Gnostiques, en donnerait la clé -de sol et de fa tout à la fois, n'est-ce pas-.

Bref, tout cela pour dire en creux que ce billet est, comme de coutume limpide, faussement badin avec un rythme d'écriture faisant montre d'un talent réel de passeur. Que 2012 soit celle de la survie des blogs qui nourrissent l'intelligence.

*/ Parce que je suis Vieille-Toile, et trouve que le vouvoiement doit être défendu, alors même que... mais c'est une histoire qui ne regarde pas la planète fusse-t'elle en ligne ou en colonne. Re-bref, recevez tous mes encouragements cryptés, cher SC.

serenis cornelius a dit…

WebOl : Parce qu'elle contribue à éprouver - pour certains elle en constitue même le moyen - cette extase produite par la fusion entre soi et le Monde qui est le but de tous les mysticismes, toutes religions confondues, et souvent contre elles d'ailleurs.
Bien à vous (je suis d'accord, le vouvoiement est une des formes de l'élégance.)

WebOL a dit…

Cher Serenis, je suis évidemment en accord (parfait, plutôt que de dominante ayant un peu trop l'esprit harmoniquement libre) avec cette définition du mysticisme, d'autant que mon goût pour la musique n'est guère un secret outre-web.

Pour autant, et s'il fallait titiller SC, je me demanderais sur clavier en quoi les arts seraient plus extatiques que le Logos en tant que compréhension intelligible du monde. En termes moins cryptés, un bon blog aidant à comprendre peut donner de vifs plaisirs : bonne production en l'an Douze, pour se répéter.

serenis cornelius a dit…

WebOl : Oui, à condition que la question soit bien celle de savoir s'il s'agit d'accéder à une "compréhension intelligible du monde". Or je ne crois pas que ce soit là l'objectif des mystiques authentiques, les orientaux comme les occidentaux.

Ry a dit…

pourquoi ne peut-on pas s'abonner par mail pour ne rien rater de ce magnifique blog ?

serenis cornelius a dit…

Ry : Je ne sais pas. Je ne savais même pas que ce vous dites existe. Je vais me renseigner auprès de personnes compétentes.

der Maßstab a dit…

Bonjour,

Et pan ! Encore un joli coup de fusil.

Pour preuve, cet article () fait exactement l'erreur que vous décrivez. Citation :

"Si les tarifs baissent effectivement de moitié, le manque à gagner lié aux taxes indirectes sera donc d’environ 1,3 milliard pour l’Etat."

Je trouve cela ahurissant d'entendre des journalistes spécialisés dans les questions économiques faire de telles erreurs de base. No comment !

En tout cas, bravo pour votre joli coup de fusil ! La chasse aux canards sauvages reste ouverte, hélas pour nous, pauvres contribuables électeurs.

FZ a dit…

Bonjour à tout le monde,
merci Serenis pour l'article, j'ai aimé la démonstration,c'est vrai le PIB n'est pas le bon indicateur mais "la croissance infinie" est-elle le bon modèle?
je crois que nous n'auront pas le choix, pas de croissance sans matière première et sans pétrole.Et on peut très bien constaté qu'une fois le prix du pétrole augmente voila tout le système qui est déstabilisé! Or le pétrole n'est pas infini,on nous parle du fameux "pic du pétrole" où on arrivera au maximum de production et avec une demande en perpétuelle croissance, ça ne va pas suivre! c'est la crise, qui n'est rien que, la non croissance;
Je pense qu'il faut revoir le fond et la base sur laquelle est constitué notre système économique, avant que les choses ne s'aggravent encore plus (j'en vois qu'une toute petite lueur de lumière)!

der Maßstab a dit…

Bonjour,

@FZ : la croissance infinie n'est pas tant une aberration qu'elle peut sembler au premier abord. En effet, la croissance n'est rien d'autre qu'une augmentation du PIB, c'est à dire, en gros, du revenu national.

Dans ce revenu national, il y a certes des biens "matériels", dérivées des matières premières et donc forcément limités en quantité, mais il y a également des biens "immatériels". Je pense notamment à la recherche et au développement, à la création musicale, à la conception de nouveau produits, aux achats et ventes de brevets, etc...

Il est tout à fait possible d'envisager une croissance limitée voire une décroissance de la consommation de biens matériels, mais obtenir malgré tout une croissance globale due à cette "économie de l'immatériel".

Cela peut certes prêter à sourire, vu la crise actuelle de l'industrie artistique, mais il ne faut pas oublier que cette "économie de l'immatériel" ne se limite absolument pas au dernier CD de Lorie. Typiquement, lorsque l'on achète un ordinateur, une partie du prix de l'ordinateur revient aux ingénieurs qui ont fait la conception de l'ordi.

En bref, on peut très bien imaginer une croissance infinie si on choisit convenablement ses priorités. Le débat rejoint d'ailleurs ici celui de la création d'un indice de "bien-être économique" qui remplacerait le PIB. Si on choisit comme priorités l'éducation et la recherche, alors, il n'y a aucune raison que la croissance ne cesse durablement. Par contre, si l'on choisit le dernier Iphone, alors, la chute sera brutale, et ce d'autant plus qu'elle aura été mal préparée.

(Plus exactement, la création d'un indice de "bien-être économique", ou quelque chose d'équivalent, fait à peu près consensus. C'est sur son mode de calcul que les avis divergent.)

serenis cornelius a dit…

FZ : der Masstab a répondu en partie à votre question en évoquant la "tertiarisation" croissante de nos économies.
J'ajoute que dans l'état actuel des choses, des technologies notamment, vous avez raison, bien sûr. Toute la question est alors de savoir si une ou des innovations à venir permettront de s'affranchir des contraintes que vous évoquez. Question dont a priori nul ne connait la réponse. Je note que la plupart des économistes sont plutôt otpimistes à ce sujet et expriment ainsi une confiance réelle dans la capacité de nos sociétés à résoudre les problèmes par des avancées scientifiques et techniques. C'est pourquoi, hormis de rares exceptions, ils continuent de prêcher la croissance.

serenis cornelius a dit…

Der Masstab : Merci pour vos deux commentaires.
Vous dites que vous trouvez " ahurissant d'entendre des journalistes spécialisés dans les questions économiques faire de telles erreurs de base ". Rassurez-vous, vous n'êtes pas seul...

der Maßstab a dit…

J'ai oublié le lien : http://www.challenges.fr/high-tech/20120113.CHA9169/free-mobile-va-couter-4-milliards-a-l-etat-francais.html

FZ a dit…

Merci pour vos commentaires;
@der Maßsta
Mais je crois que vous parlez d'une croissance noble :), qui est éthique et responsable et c'est à cela qu'on veut arriver justement; diminuer la consommation matérielle de masse, développer l'éducation , l'art...
Malheureusement ce n'est pas le cas dans la réalité; lorsque qu'on parle de croissance, c'est le flux monétaire qui compte le plus, que ça soit par exploitation de gaz de schiste, consommation de masse ou déforestation...
J'espère qu'un jour la croissance prendra ce sens noble du terme et que les responsables déterminent les vrais priorités: l'environnement, le social, l'éducation...

benkebab a dit…

Et Stiglitz et sa commission? J'aurai bien aimé lire dans ce billet votre avis sur leurs conclusions.

serenis cornelius a dit…

Benkebab : Dans un premier temps on ne peut que dire du bien du rapport Stiglitz (publié en septembre 2009) ne serait-ce que parce qu'il participe d'une reconnaissance officielle des limites du PIB, parce qu'il a permis de mettre au jour une question essentielle (le bien-être), et aussi parce que, bien que ne remettant pas en cause la croissance comme objectif, il oriente une partie des débats vers la nécessité d'une croissance durable.
Les critiques que l'on peut lui adresser ensuite sont en gros qu'il reste un rapport d'experts (faible représentation de la société civile dans la Commission), qu'il est encore trop teinté d'économicisme (notamment en cherchant presque systématiquement à fournir des évaluations monétaires de choses qui en sont dépourvues), que certaines questions sociales (comme la pauvreté) sont insuffisamment prises en compte, et qu'à l'arrivée il énonce des orientations et autres principes sans déboucher, concrètement, sur la définition d'indicateurs précis.
Cela dit, le rapport se présentait comme le point de départ d'une réflexion et non pas comme un aboutissement. Et de ce point de vue il a dèja eu des effets puisqu'il y a quelques mois, l'OCDE annonçait la création d'un "Better Life Index", indicateur individuel et subjectif (c'est là d'ailleurs une de ses limites), que vous pouvez calculer, pour vous-même donc, en vous rendant à cette adresse : oecdbetterlifeindex.org.

FIFI a dit…

Hum... Il me semble en effet que pour l'essentiel le débat croissance versus décroissance s'est développé selon deux axes : 1) croire ou non que le progrès technique (la "green economy"...)permettra de lever les obstacles à la poursuite séculaire (et donc pas si vieille que ça...) de la croissance de la production ; 2) travailler à une redéfinition du concept et donc de sa mesure (commission Sen &co, travaux de Jean Gadrey...)soit, pour la faire courte envisager une réorientation radicale de nos modes de production et de consommation. Bon. Voilà voilà... mais il me semble que la croissance démographique mondiale et son impact sur la consommation de ressources naturelles est rarement évoquée par les tenants de la "nouvelle croissance" bien-âtrocompatible. Bon, je dis ça ,je dis rien. Ben sinon l'article il est drôlement bien.

serenis cornelius a dit…

Fifi : Je crois que les deux positions que vous présentez sont en fait trois : 1) les optimistes de la croissance infinie (du développement durable en vérité) qui ne pensent qu'en terme de croissance (de développement durable); 2) les optimistes de la croissance infinie (du développement durable) qui se préoccupent d'un bien-être élargi voire du bonheur; 3) ceux qui pensent qu'une refonte radicale de nos modes de vie (en gros consommer moins) est inévitable.
Quant à la question de la croissance démographique face à la rareté des ressources naturelles, il me semble que tous s'en préoccupent, mais il est vrai avec des degrés d'anxiété variables.

FIFI a dit…

"Je crois que les deux positions que vous présentez sont en fait trois" : comme dans "Les deux Mousquetaires", alors ?

serenis cornelius a dit…

Fifi : Vous n'allez pas me croire ! J'y pensais en écrivant ma réponse. Et j'ai failli l'écrire !