vendredi 16 septembre 2011

L’Euro en cinq dates

Tous les biens de ce monde ont pour moi peu d'appas,
De leur éclat trompeur je ne m'éblouis pas ;
Et si je me résous à recevoir du père
Cette donation qu'il a voulu me faire,
Ce n'est, à dire vrai, que parce que je crains
Que tout ce bien ne tombe en de méchantes mains,
Qu'il ne trouve des gens qui, l'ayant en partage,
En fassent dans le monde un criminel usage,
Et ne s'en servent pas, ainsi que j'ai dessein,
Pour la gloire du Ciel et le bien du prochain.
Tartuffe ou l’Imposteur - Molière - 1664.

Sans remonter à Dieu, Charlemagne, Sully, Ségolène Royal, DSK, ou encore NKM (non ce n’est pas un groupe de rap !), nombreuses dans l’Histoire furent les volontés d’instaurer, de force ou de gré, sous une forme ou sous une autre, une « unification » de l’Europe. Le point commun de toutes ces tentatives se trouve dans l’objectif fondamentalement politique de ces projets : faire l’Europe a toujours été, d’abord, une entreprise politique.

Disons alors que l’histoire de l’Europe telle qu’elle se trouve aujourd’hui, et donc, aussi, forcément, l’histoire de la monnaie unique européenne - l’Euro - commencent au lendemain de la seconde guerre mondiale, en gros les années 1950. C’est l’époque en effet où les dirigeants des principaux pays européens s’interrogèrent sur les moyens à mettre en œuvre pour, définitivement cette fois, ancrer la paix en Europe (les pays d’obédience communistes sont bien sûr exclus de cette histoire, ce qui fit dire un jour, dans un célèbre discours, à Nicolas Sarkozy, parodiant Guaino en un sanglot, je cite :
« Le drame de l’homme soviétique,
Qu’il soit russe ou qu’il soit slave,
C’est qu’il n’est pas sorti de l’état préhistorique,
Se condamnant ainsi au seul statut d’esclave.
»
Mais non… c’est à propos de l’Afrique qu’il a dit ça, ou presque, notre futur-ex-Président, l’amoureux à Carla, mais si ! il Poto-à-Sylvio ! Ca alors !)

De façon assez logique, quoique à y bien réfléchir ça n’a rien d’évident, on considéra alors que pour éviter la guerre, il fallait s’unir. Sur quoi la question devint : « Comment ? ». Comment mettre en place un processus d’unification entre les pays européens, ces pays qui sortaient tout juste d’une guerre déplorable ?

Considéré de façon « théorique », deux voies s’offrent à tout ensemble de pays (ou de régions, d’ailleurs) souhaitant mettre en œuvre un processus d’unification. Une voie politique ou une voie économique.
La voie politique consiste, en gros, à bâtir des institutions politiques communes. Pour s’en faire rapidement une idée, on peut raisonner à l’extrême. Poussé à sa limite en effet, l’unification politique de plusieurs pays déboucherait, entre autres choses, sur : un seul système de Lois pour tous les pays, un seul Parlement, un seul Gouvernement (donc, entre autres, une seule armée) et, finalement, un seul Président (« Et pourquoi pas un Roi ? - Hola ! Un Ayatollah tant que vous y êtes ! Un Pape ! Vous êtes fou vous ! »). On en est loin, certes, mais bon…
La voie économique, pour sa part, c’est œuvrer de sorte à harmoniser les relations économiques entre les Nations concernées afin d’accélérer leur développement, qu’ils s’agissent des échanges commerciaux ou des relations monétaires. Poussée à l’extrême (c’est décidément bien pratique l’extrême, car débarrassé du brouillard des nuances, on y voit bien clair ! C’est donc toujours fort utile, l’extrême, dans un premier temps…), la voie de l’unification économique débouche sur un gigantesque marché unique pour les marchandises, les capitaux et les hommes, une monnaie unique, et, c’est essentiel, une politique économique unique ! Où l’on voit que poussée à l’extrême, l’unification économique n’est pas très éloignée d’une forme d’unification politique ! Chose qu’à très bien comprise d’ailleurs Nadine Morano, dont on dit qu’elle serait candidate en 2020 (« Ben quoi ? C’est pas une Année Olympique, 2020 ? Et ya pas du saut à la perche aux JO ? Bon ! »).

Qu’allait-on choisir alors, en Europe, au terme de la seconde guerre mondiale ? La voie politique, comme ça, d’emblée ? La voie économique ? Un mélange des deux ? Mais dans quel ordre ? Et par quoi commencer ?
On imagine sans peine que le choix d’une unification politique, quand bien même il aurait été envisagé, posait de sérieux problèmes, ne serait-ce qu’en raison des souvenirs de la guerre qui étaient encore omniprésents dans les esprits de tous : soldats, militaires, députés, anciens bébés, contribuables, malades, femmes au foyer, paysans, commerçants, électeurs, bacheliers, certifiés, comptables, ouvriers, employés, fonctionnaires, douaniers, avocats, prolétaires, banquiers, chanteurs, ramoneurs, facteurs, acteurs, même certains ministres dit-on en avaient encore « gros sur la patate » (c'est très joli... je sais).
D’où, très rapidement, l’idée de « contourner l’obstacle » (formule très étonnante quand on sait qu’à l’époque Roselyne Bachelot « n’existait pas ») et de commencer par la voie économique. Mais, et cela est essentiel, absolument essentiel, surtout vu d’aujourd’hui ! les « fondateurs » de l’Europe, ses concepteurs, on pense bien sûr à Jean Monnet et Maurice Schumann, furent on ne peut plus explicites : si l’on commençait, pragmatisme oblige, par l’unification économique, c’est avec pour objectif l’union politique. Autrement dit, l’unification économique a été pensée, dès le départ, en Europe, comme le préalable à une unification politique future. Mieux encore : pour les « pères fondateurs » de l’Europe, c’était pour eux une évidence, l’union économique ne pourrait réellement bien fonctionner, ne serait un succès qu’à une condition : c’est qu’elle aboutisse, à terme, à une union politique. Sans union politique, l’unification économique serait condamnée à l’échec. Pour les fondateurs de l’Europe, le message était donc clair : l’Europe sera politique ou ne sera pas ! Et tout ça, il faut le rappeler sans cesse, parce que l’on considérait que c’était LE moyen d’éviter l’éclatement de nouveaux conflits entre pays européens, le moyen d’assurer une paix durable, et idéalement définitive, en Europe.

Il faut donc considérer la création de l’Euro comme l’un des moyens de cette ambition, et au-delà des seules considérations économiques, voir la création de l’Euro comme une construction fondamentalement politique. Les soubresauts que connaissent aujourd’hui les pays membres de l’UEM (Union Economique et Monétaire, nom officiel désignant l'ensemble des pays dont la monnaie est l’euro) sont à interpréter aussi, au-delà de leur seule dimension technique (la « crise » des dettes publiques notamment) à l’aune de ces considérations politiques.

Pour bien le comprendre, il faut savoir qu’à l’époque une idée dominait les esprits selon laquelle les guerres avaient des causes fondamentalement économiques, dont deux plus particulièrement : « la guerre commerciale », le « protectionnisme », d’une part, et l’instabilité monétaire d’autre part. Idées fort peu évidentes au demeurant, mais l’essentiel est qu’on y croyait. Il est vrai cependant que l’entre-deux guerres mondiales a connu une forte poussée de protectionnisme (Ah les métaphores médicales en Economie, c’est quelque chose… on ne le dira jamais assez !) et qu’il y eut effectivement des crises monétaires violentes, nationales comme internationales. D’où la volonté affichée très tôt par les Gouvernants du Monde (pas les Illuminati, les vrais…) d’engager le Monde capitaliste dans la double voie du « Libre-échange » et de la stabilité monétaire internationale (ainsi par exemple créa-t-on le Fonds Monétaire International, le FMI, en 1944, en lui confiant cette mission de veiller à la stabilité de l’ordre monétaire mondial).

Ces considérations générales posées, l’unification économique amorcée en Europe à partir du début des années 1950 a suivi un certain nombre d’étapes. On en retiendra quatre. C’est le minimum vital à connaître pour comprendre un peu mieux l’histoire de l’Euro et ses déboires actuels. Quatre dates-clés, si l’on veut, qui au moins a posteriori, donnent une certaine cohérence à l’ensemble du processus.

Deux de ces dates correspondent, disons, à l’unification commerciale de l’Europe. Les deux autres renvoient plus précisément à son unification monétaire. Et l’on peut voir, dans ces deux avancées, l’une sur le front commercial (Ah les métaphores militaire en économie !!! ...), l’autre sur le plan monétaire, un certain parallélisme, une forme de symétrie, si l’on préfère, qui ne sont pas sans intérêt (« Et si la symétrie était non pas l’œuvre de Dieu mais l’œuvre du Diable ? », David Nikolovski, Fondements d’une Géométrie Quantique, CPP-Grenoble, Avril 2012).

Deux dates pour l’unification « commerciale » de l’Europe

Il faut prendre ici le mot « commerce » en son sens large et y voir tout ce qui dans une économie n’est pas la monnaie et ses dérivés : les biens donc, avec tout ce qui relève de leur production, de leur répartition et des échanges. Appliquant alors l’adage bien connu (mais discutable, bien sûr) selon lequel « Mieux vaut le commerce que la guerre » (c’est ce qu’on appelle aussi la thèse du « Doux commerce »), il a donc été d’emblée question de tout faire pour, au plus vite, constituer l’Europe en zone de « Libre-échange »

La première de ces dates est sans la plus connue : 1957 (soit l’An 11 après Roselyne, selon les umpistes-mystiques), avec la signature du Traité de RomeQuoi?!?! Tu m’as traité de Rom ?!?! », Claude Guéant, Mon Umpisme est un Humanisme, Seuil, septembre 2011), et la création, par six pays (La France, L’Allemagne, L’Espagne, l’Italie, La Belgique, La Hollande et le Luxembourg) de la CEE (Communauté Economique Européenne), du Marché Commun.

« - Commun ? Commun ? Vous avez dit « commun » ? Comme c’est…
- Commun oui. J’ai dit « commun ». Un marché commun ».
- Et c’est quoi, un marché commun ?
- Au fond c’est assez simple, il suffit de lire et entendre les mots. La création d’un « marché commun », par plusieurs pays, c’est d'abord une « mise en commun ».
- Certes...
- On met en « commun » les marchés de tous les pays signataires du Traité, en éliminant, entre ces pays, tous les obstacles qui s’opposent à une libre et totale circulation des marchandises, tout ce qui, de fait, visait jusque là à empêcher ou pénaliser, dans chaque pays, les importations de produits fabriqués à l’étranger.
- Et ces obstacles ?
- C’est d’abord l’interdiction pure et simple d’importer, ce qui, quand même, est rarissime. C’est surtout deux types de mesures qu’un pays peut prendre à l’encontre des produits étrangers : les quotas et les droits de douanes.
- Les quotas ?
- Oui. Le pays restreint directement la quantité importée de tel ou tel produit en fixant la part de marché que ces produits ne pourront pas dépasser. Exemple : Sur les conseils avisés de Madame Roselyne Bachelot, le gouvernement souhaite limiter les importations de sushis à 10% de la consommation nationale de sushis (c’est proprement infect les sushis, nous sommes bien d’accord, mais apparemment cela ne semble pas suffire…). Il le fait, via, disons une Loi, qui limite à 10% des sushis consommés en France la quantité de Sushis importés du Japon. Et le tour est joué : on est assuré que 90% des sushis consommés en France seront produits en France.
- Et les droits de douanes ?
- Cette fois le gouvernement ne limite pas en soi le volume des biens importés, il essaie de freiner les importations en appliquant une taxe sur les produits étrangers, les rendant ainsi plus chers, moins compétitifs donc que les produits nationaux. Dès lors, les consommateurs étant, en moyenne, supposés rationnels (« Mais une entité qui achète des sushis et qui n’est pas Roselyne Bachelot est-elle rationnelle ? Bonne question. Difficile question. Mais question passionnante !), on pense qu’ils achèteront plutôt (c’est l’ami de Mickey, je sais !!!) des sushis « made in France ».
Quelle idée…

Voilà en gros la philosophie générale qui inspira les signataires du Traité de Rome, en 1957 : faire de l’Europe une zone de « Libre-échange », en éliminant au plus vite tout ce qui de près ou de loin ressemblait à des mesures protectionnistes.

« - Heu… L’a ty ton fé…ou bien l’a ty ton pas fé ?
- Les résultats furent rapides et spectaculaires.
- Nan ?
- On estime que dès la fin des années 1960 le protectionnisme a disparu entre les pays signataires du Traité de Rome…
- Pardi !
- … et qu’ainsi le Marché Commun était devenu une réalité ».
(Cours d’Economie Politique de Monsieur le Professeur Dominique Strauss Kahn- Institut d’Etudes Politiques de Paris - 2005 - Extrait).

La deuxième date c’est 1986 (soit l’An 33 après Ségolène, si l’on se réfère, cette fois, au calendrier socialo-mystique).
En 1986, en France, c’était François Mitterrand qui était Président et Jacques Chirac Premier Ministre. Et oui. Mitterrand avait été élu Président en 1981, mais la Droite ayant remporté les élections législatives de 1986 et le Président refusant de démissionner, il nomma Jacques Chirac à Matignon (« Qui ? Moi ? Non. Vous êtes sûr ? » Jacques Chirac, Mémoires, tome III, décembre 2011). Et c’est ensemble qu’ils signèrent, au nom de la France, un Traité essentiel : l’Acte Unique Européen dont un des objectifs était la création, en Europe bien sûr, d’un Marché Unique.

« Unique ? Unique ? Vous avez dit unique ? Comme c’est…
- Oui. Un Marché unique. »

Quelle différence entre un Marché unique et un Marché commun ? Disons qu’un Marché unique c’est en quelque sorte, pour quiconque souhaite unifier des pays sur un plan économique, l’aboutissement logique d’un Marché commun. Là où le Marché commun mettait « en commun » les différents marchés des pays signataires, permettant ainsi la libre circulation des marchandises entre pays, mais sans pour autant supprimer les frontières, et en limitant, pour l’essentiel, l’union aux marchandises, avec un Marché unique il faut visualiser un seul marché à l’échelle de l'ensemble des pays, la disparition des frontières économiques et, au lieu de voir autant de marchés qu’il y a de pays, ne plus voir qu’un seul et Unique marché.
Telle fut l’ambition de l’Acte Unique Européen signé en 1986 : faire de l’Europe une zone économique où n’importe qui en Europe pourra acheter des marchandises venant de n’importe où en Europe, mais ça c’était déjà ce qu’ambitionnait et qu’avait réalisé le Traité de Rome, où n’importe qui pourrait ouvrir un compte en banque et placer son épargne n’importe où, et où n’importe qui pourrait travailler n’importe où en Europe. Autrement dit, si le Marché commun instaurait la libre circulation et donc la parfaite mobilité des marchandises en Europe, le Marché unique ajoute un double objectif de libre circulation des capitaux et des hommes soit, à l'arrivée : un marché unique pour les biens, un marché unique des capitaux, et un marché unique du travail ! Ce qui n’est pas rien et surpasse ce que pouvait être un « simple » Marché commun comme moyen de parvenir à l’unification économique de l’Europe.

Deux dates pour une unification monétaire

Première date : 1979 - Création du Système Monétaire Européen

La première moitié des années 1970 fut marquée par une crise monétaire internationale de très grande ampleur générant une instabilité économique générale dont nous subissons encore les effets. Les taux de changes des monnaies, relativement stables jusque là, se mirent à connaître des mouvements à la fois amples et imprévisibles. Pas simple dans ces conditions, pour les Etats européens, de continuer de mener à bien le projet d’unification dont on se rappelle qu’il reposait, justement, sur la nécessité de stabiliser les monnaies (leur taux de change) de sorte à réduire l’incertitude économique. On pouvait même craindre que cette très grande instabilité monétaire compromette l’unification commerciale pourtant déjà achevée. C’est alors que l’on décida la création du Système Monétaire Européen, c’est-à-dire que l’on décida de créer, en Europe, un « Système de Changes Fixes ».

« - Hardi ! C’est y koué un système eud’changes fixes ?
- Un système de changes fixes est un système qui instaure entre toutes les monnaies des pays qui y participent des taux de change officiels et a priori définitifs.
- Ah ?
- Ce sont les Etats qui décident ainsi du taux de change des monnaies, et qui s’engagent à ce que les taux officiels ainsi décidés soient maintenus dans le futur. Ce système est censé garantir la stabilité des monnaies nationales dans le temps les unes par rapport aux autres.
- Nan !
- Attendu que les taux de changes sont fixes ils ne peuvent plus bouger.
- Pardi !
- Cette stabilité des taux de changes est censée réduire l’incertitude économique.
- C’est y pas vré ?
- Attendu que si par exemple le taux de change du franc en dollar est fixe, on sait ce qu’il est mais aussi et surtout ce qu’il sera.
- Nan !
- Et si l’on sait ce qu’il sera, il n’y a donc plus d’incertitude quant à sa valeur future.
- Ben tié !
- Ainsi donc c’est toute l’économie qui est plus stable.
- Pardi !
- Et une économie plus stable car moins incertaine est une économie confiante, sure d’elle-même, ou l’on investit, travaille, produit et consomme, bref une économie qui connaît la croissance et le plein emploi des ressources.
- Des eurschources ? C’est koué ?
- Des ressources en hommes notamment.
- Et mi bestiaux ? Y zen font koué ? ».
(Cours d’Economie Politique de Monsieur le Professeur Dominique Strauss Kahn- Institut d’Etudes Politiques de Paris – 2005 – Extrait.)

C’est pour ces raisons que dès 1944 les dirigeants des principaux pays du monde capitaliste s’étaient mis d’accord et avaient signé un Traité instituant entre leurs monnaies, un tel « Système de Changes Fixes ». Les pays européens en étaient, si bien que quand on ratifia le Traité de Rome en 1957, on n’avait pas à se soucier, dans le cadre de la création du Marché commun, de cette question de la stabilité des taux de change vu que la question en question était déjà réglée ! Mais c’est précisément ce système mis en place en 1944 qui « explosa » dans les années 1970, créant cette instabilité monétaire tant redoutée. C’est pourquoi les chefs d’Etat européens décidèrent, en créant, en 1979, le Système Monétaire Européen (SME), de faire, entre eux seuls et pour eux seuls, leur propre « Système de Changes Fixes », de « mettre en commun » leurs monnaies, si l’on peut dire, histoire de faire un parallèle avec la création, 20 ans plus tôt, du Marché commun dont on a dit qu’il visait à « mettre en commun » les économies européennes sur le strict plan commercial. Avec le SME, les monnaies nationales ne disparaissent pas. Elles sont simplement reliées ensemble par les taux de change officiels qui furent décidés au moment de l’instauration du SME en 1979.

Le SME fonctionna (non sans heurts) jusqu’en 1999, où il disparut logiquement pour laisser la place à une Monnaie Unique, l’Euro.

La création d’une Monnaie unique en Europe fut le résultat de décisions officialisées en 1992 par le Traité de Maastricht (Lequel, on ne rit pas ! commence par « Sa majesté le Roi des Belges», si si !). L’année 1992 (c’est facile à retenir, c’est exactement cinq siècles après 1492) est ainsi la quatrième date à retenir pour avoir une idée d’ensemble du processus de la construction européenne. Elle correspond finalement à l’aboutissement du mouvement amorcé après la seconde guerre mondiale. C’est d’ailleurs souvent ainsi que l’on a présenté et que l’on continue de présenter les choses, en expliquant que : « Quand on est en Europe en 1990, on a un Marché Unique quasiment achevé, alors pourquoi continuer à s’embêter avec autant de monnaies qu’il y a de pays ? Imaginez la France avec autant de monnaies qu’il y a de régions ? Vous voyez ça ? Le bordel que ce serait ? » Economiquement parlant, ce raisonnement n’est pas idiot, même s’il mérite d’être précisé. Cela dit, il importe de ne pas oublier que l’objectif ultime de la création de l’Euro n’était pas économique mais politique. En instaurant une monnaie unique en Europe, le Traité de Maastricht (… ville où fut tué d’Artagnan en 1673 ! on ne le rappelle pas assez !) est une nouvelle manifestation de cette volonté de maintenir et préserver une paix durable en Europe qui était déjà à la base du Traité de Rome.

Bon. Récapitulons : 1957, 1986, 1979, 1992, ça fait quatre dates ! Et la cinquième date, alors ?

Hé bien, la cinquième date, on ne la connait pas encore, pour cette simple et bonne raison qu’elle n’a pas encore eu lieu. Ce qu’on peut dire, c’est que quand elle aura lieu, la cinquième date marquera ce moment où l’unification politique de l’Europe aura été aussi loin que son unification économique et où, donc, l’Europe ne subira plus les crises économiques ET politiques à répétition liées à ce décalage entre une unification économique quasiment achevée et une unification politique encore balbutiante, et dont la crise actuelle est une nouvelle confirmation, la « pire » que l’on ait pu connaitre depuis que l’Euro existe. Non pas que ce retard de l’unification politique soit LA cause de ces crises. Mais il est, ce retard, UNE des causes principales qui expliquent l’impossibilité d’apporter aux crises telles que celles que connaissent aujourd’hui certains pays de la zone Euro des solutions rapides et efficaces à la fois. Qu’on se rappelle le message des fondateurs de l’Europe : l’unification économique ne fonctionnera qu’à condition que se mette en place, aussi, une unification politique. L’actualité de la crise en Europe le confirme tous les jours.

Personne ne sait quand la cinquième date « aura lieu ». En revanche il est certain qu’elle aura lieu, et que si elle n’est pas cette année future qui verra l’unification politique avancer d’un grand pas de sorte qu’elle se mette en phase avec l’unification économique, elle sera alors, simplement, la date de la disparition de l’Euro, dans certains pays seulement, ou dans tous les pays membres de l’UEM, compromettant ainsi l’ensemble du processus amorcé en 1957.

Sur ce, pause sportive, car le sport c’est bien, c’est bon et c’est beau ! La preuve
!

2 commentaires:

Moggio a dit…

Merci pour ces éléments de révision ! :)

serenis cornelius a dit…

Moggio : De rien. Mais vous aviez Bachelot et Guéant vous aussi à votre programme ?