Un népalais…
Des grains de poussière…
Mamhoud Ahmadinejad - Téhéran - juin 2009 - Evoquant les millions de manifestants qui s’opposaient à la tyrannie, la violence, l’absurdité tragique et la terreur que cet usurpateur fait régner dans son ( ?) pays. Pour plus longtemps maintenant, heureusement…
Ah le Népal ! Le Népal !!! Le Népal !!! Ses plages de sable fin ! Ses bars ! Ses restaurants ! Moules frites et vin chaud à volonté ! Ses églises romanes ! La messe en Hébreu ! Ses autoroutes éclairées, la nuit comme le jour ! Sa gendarmerie nationale ! Ses douaniers ! Arsène Lupin ! Un peuple admirable ! D’une beauté exquise (normal ils sont Népalais) ! Ses lamas ! Ses scribes ! Ses Rolex ! Ah le Népal ! Le Népal !!! Il n’y manque que quelques montagnes, un peu de neige, deux ou trois monastères, et Roselyne Bachelot customisée version safran (Om Om Om) pour en faire comme qui dirait un Paradis sur Terre.
Alors, si vous ne savez pas où aller en vacances cet été, surtout, n’hésitez pas ! Allez au Népal ! C’est pas loin (quelques heures à vélo, tout juste trois jours à pieds, 20 minutes en 205 GTI !). C’est pas haut (donc pas froid). Pas cher non plus (la location d’un chameau revient à à peine 2 dollars la semaine). Et puis il y a La Creuse, juste à côté du Népal (Si si). Et Jacques Séguéla, il ne sait même pas où c’est, le Népal ! Alors quoi ?
Le seul inconvénient, au Népal, c’est qu’il n’y a pas d’élection présidentielle en vue pour 2012. C’est dommage. Mais bon. Il y a plus grave (demandez aux Belges). Cela dit, si vous en reviendrez certainement bronzé (la plage), du Népal, repus (trop de moules frites), du Népal, et un brin mystique (la cathédrale Saint-Dalama est, dit-on, un authentique mystère énergétique), reste que vous devrez, dès votre retour en France, réapprendre le climat, l’air et l’ambiance d’une campagne électorale, qui plus est une Présidentielle, car chez Nous, ya campagne en 2012 (c’est qu’on n’est pas sauvages, nous !) ! La preuve, elle a déjà commencé. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça commence fort.
Tenez par exemple, Jacques Chirac (vous vous souvenez peut-être... l’ami des pommes), qui vient de sortir le deuxième tome de ses Mémoires et qui allume Sarko, comme ça, pour rire (je cite, de Mémoire…) : « Nous n’avons pas la même vision de l’économie. Il est plus libéral que moi ». MDR !!! Sacré Chirac ! Il n’a peur de rien lui, au moins. Il écrit ses Mémoires, comme ça, en bon amnésique !!! Car quoi ? Il a oublié qui il avait nommé au Ministère de l’Economie, Chirac, en 1995, suite à une campagne plus à gauche que la gauche. Mais si, souvenez-vous : « La feuille de paie n’est pas l’ennemi de l’emploi ! ». C’est qui ? Chirac ! « La fracture sociale ». C’est qui ? Re-Chirac. Et qui a dit à propos de la politique économique menée en France à l’époque par Edouard Balladur, son « ami de trente ans » que c’était « un Munich social » ? Non, ça, c’est pas Chirac, c’était Philippe Séguin, en 1993, mais bon, à l’époque, Chirac et Séguin c’était pareil. Et il met qui alors, à l’Economie, après tout ça, le Chiracounet ? Un gaulliste social ? Une socialiste gaulliste ? Un ancien du Conseil National de la Résistance ? Un syndicaliste ? Que nenni ! Il y met Alain Madelin !!! A l’Economie. Et oui. Madelin !!!! Vous ne rêvez pas. Alain Madelin à côté duquel Sarko, c’est rien moins qu’un dangereux altermondialiste de gauche !!!! Alors le « Il est plus libéral que moi »… Ah Ah. Sans parler de 1986, belle époque où le Jacquot ne croquait pas encore des pommes mais buvait sans doute du thé et ne voyait alors, c’était son modèle, que par Margaret Thatcher, celle qu’outre-manche on avait surnommé TINA, because kelle disait toujours, quand on lui posait des questions relativement à la violence et la dureté de son programme économique : « There Is No Alternative » (en Français : « Il n’y a pas d’alternative », soit INYAPADA. C’est joli aussi, non ? INYAPADA, comme petit nom. Moins classique que TINA, certainement, mais joli. Même qu’on dirait du Népalais. Ah Ah).
Mais bon, si l’amnésie est sans aucun doute l’une des qualités premières pour « entrer en politique » (pour « entrer dans les Ordres » aussi, à en croire un Cardinal berbère dont le nom ne me revient pas et qui lui-même semblait avoir oublié l’existence de Dieu), elle est loin d’être la seule. Il en est une autre en effet, absolument indispensable : « Etre bon en Economie ». Car si l’économie ne gouverne pas totalement le monde, reste qu’elle y contribue largement. Voyez-vous-même tout ce qui dans votre manière d’être, de faire et de penser, est largement conditionné par votre « situation économique » personnelle. Vous voyez ?
« Voyez vous-même »… Certes. Mais suffit-il de s’appuyer sur sa propre expérience personnelle et elle seule pour parler d’Economie ? Des fois oui. Des fois non. Il arrive en effet que cela parfois suffise, et que, projetant à l’échelle de la France et du Monde sa manière à soi de penser et se comporter l’on tire des conclusions valables quant à la situation de la France ou du Monde. Mais il arrive plus souvent encore que cela ne marche pas ! Et cela, il semble que nombre d’hommes politiques l’aient oublié. C’est ainsi que pour nous parler du pays, donc de Nous, et nous convaincre du bien fondé de leur propos et de leur programme, les politiques (les medias aussi) ont trop souvent recours à ces formules simples, tirées de l’expérience personnelle, généralisant ainsi à l’échelle de la collectivité ce qui semble évident au plan individuel, si bien que leurs discours se trouvent de fait truffés d’arguments dont on ne peut objectivement dire qu’une chose, c’est qu’ils sont faux. Car s’il est une chose que l’on apprend par l’étude de l’Economie, c’est une certaine méfiance quant à cette tentation que nous avons tous, a priori, qui consiste à généraliser son propre comportement et à parler de « l’ensemble », « nous tous », « la France », « Le Monde », comme s’ils fonctionnaient exactement comme nous tout seul, comme s’ils n’étaient finalement autre que nous-mêmes. Or il arrive, c’est même pour ainsi dire la règle, que ce faisant on en vienne à dire n’importe quoi. Et la plupart du temps, la faille provient du fait que « Je » a tendance à supposer, quand « il » parle de ce qu’« il » va faire ou de ce qu’« il » devrait faire, que « les autres » ne feront pas comme « lui ».
Om ! Om ! Om !
Considérons par exemple un individu. Et disons, tant qu'à faire, que cet individu, c’est « nous ».
« Je » a des actions. « Je » décide de les vendre. A priori pas de problème. Mais si « tout le monde », au même moment ou presque, veut aussi vendre ses actions, « Je » est « ruiné », car alors le prix des actions, leurs cours, s’effondre, les vendeurs ne trouvant pas pas d’acheteurs vu qu'il n'y en a pas vu que tout le monde veut vendre.
Quand « Je » vend des actions sur en Bourse (ou n’importe quoi d’autre d’ailleurs sur n'importe quel marché), « Je » n’est que vendeur de ses actions. On ne « lui » demande pas d’acheter quoi que ce soit en échange (encore moins d’acheter des actions vu qu’il vend !!!). C’est évident. Mais ça n’est évident qu’au niveau individuel, et encore, si l’on suppose que « tout le monde » ne prend, au même moment, la même décision que « Je » (vendre, ou acheter). Autrement dit, au niveau de « tout le monde », au niveau du « Marché » considéré dans sa globalité, et ce quel que soit le bien échangé sur ce marché, il n’y a pas de vente possible sans au moins un achat, ni d’achat possible sans qu’il y ait, en contrepartie, au moins une vente. Autant « Je » peut, sur un marché donné, pour un produit donné, n’être que vendeur ou acheteur, autant c’est rigoureusement impossible pour « le Marché » dans son ensemble qui ne peut pas, Lui, n’être que vendeur, ou acheteur. Cette remarque de bon sens suffit à se méfier de tout discours – et ils sont nombreux ! voyez par vous-même, qui nous parle de tel ou tel marché, plus généralement de l’économie du pays ou du Monde, comme s’il s’agissait d’une seule et même personne, en l’occurrence « vous » ou « moi », bref, comme si l’économie d’un pays et l’économie du « Je » reposaient sur les mêmes règles.
Autre exemple : en bon « passager clandestin » (ça veut dire ici « resquilleur latent »), « je » me dis qu’après tout, à quoi bon payer cette place de concert pour aller voir chanter Nadine Morano (« Putaingue, elleueueu chanteueu aussi la Nadineucongueu ? J’y crois eueu paaaaas… » Du rififi sur la Cannebière - Giovanni Dormessoni - Fleuve noir - 2012), car finalement, le principal, dans un concert, c’est d’entendre le concert, non ? et vu que de toute façon, en plus, et en général, au concert, l’on n’y voit rien ou presque sauf à être placé très près de la scène, mais c’est difficile, et rare, et que donc, s’il ne s’agit que d’entendre le concert, il me suffit de « me » positionner près du stade, pas trop loin, et ce sera finalement « comme si » j’y étais.
Pas de problème une fois encore. « Je » peux le faire. Mais si « je » peux le faire, encore faut-il que « tout le monde » ne raisonne pas comme « moi ». Sinon personne ou presque, chacun comptant sur le « dévouement » des autres, n’ira acheter de place, et le concert n’aura tout simplement pas lieu faute d’être suffisamment rentable pour ses organisateurs (surtout un concert de « La Morano », déjà que quand elle parle c’est inécoutable, alors si elle se met à faire des vocalises...)
Dernier exemple. « Je » veut épargner plus car ainsi « je » se sentira plus riche. Pensant par exemple à sa retraite future, « Je » se dit qu’« il » pourra ainsi, grâce aux « économies » réalisées, faire la nouba sur les croisières pour retraités en rut, ces croisières vantées par de nombreuses publicités vues à la télévision et dont, en conséquence, « il » rêve (La « Morano Cruize » est, dit-on, le « must » en la matière. Même les préservatifs sont inclus dans le prix ! Pour les eunuques seulement certes, mais quand même, ce n’est pas rien). « Je » décide alors qu’à partir d’aujourd’hui « il » consommera un peu moins et réservera, chaque mois, une partie de « son » salaire à la constitution de ce que l’on appelle souvent ici un « capital ». En bref « Je » décide de consommer un peu moins histoire d’épargner davantage.
La aussi, pas de problème. Mais pourvu pour « Je » (très joli…) que « tout le monde » n’ait pas la même idée que « lui » ! Sinon, et à moins que par ailleurs il y ait une décision équivalente d’investir, chacun consommant moins, la consommation totale baissera et l’économie du pays en souffrira, la production baissant et le chômage augmentant.
Ce que l’on voit ici c’est que si pour un individu la décision d’épargner plus et consommer moins n’affecte pas le montant de son revenu (a priori le salaire de « Je » n’est pas affecté par sa décision d’épargner plus ou moins), tel n’est pas forcément le cas dès lors que l’on se place à l’échelle de tous les individus, considérés collectivement, à l échelle du pays donc. A l’échelle nationale en effet, le montant des revenus distribués (le Revenu national) dépend fondamentalement de l’ensemble des achats, de l’ensemble de ce qui est dépensé (la Dépense nationale), si bien qu’une réduction globale de la dépense de consommation motivée par des volontés individuelles d’épargner davantage réduira le montant du Revenu national (il faudrait, pour empêcher cet effet dépressif engendré par ces désirs d’épargne accrue, une hausse simultanée des désirs d’investir, mais rien ne peut garantir qu’elle aura lieu). Or le revenu que « Je » perçoit est forcément une part de ce Revenu national. Si bien que par un effet retour, si « Je» décide d’épargner plus et si tous les « Je » font comme lui, « Je » verra peut-être son propre revenu diminuer si ce n’est disparaître, et il lui sera impossible de réaliser son souhait initial qui était d’épargner davantage !
Il arrive souvent que ce qui est sensé au niveau d’un individu ne l’est plus quand on se place au niveau de tous les individus pris ensemble.
« Un individu » n’est pas « Les individus ».
Om ! Om ! Om !
Mieux encore. Combien de discours qui nous présentent la France comme une entreprise et qui font de cette comparaison leur seul argument quand ce n’est pas purement et simplement un slogan ! La aussi méfiance. Car plusieurs raisons interdisent de considérer un pays comme une entreprise et donc de calquer le mode de fonctionnement de l’une sur le comportement de l’autre.
D’abord celle-ci : en admettant que la notion de « pays » corresponde à une réalité économique (que veut dire cette phrase : « La France vend des produits à l’étranger » ?), il y a qu’un pays n’a pas pour objectif la réalisation d’un profit. Autrement dit, « Gérer le pays comme une entreprise » est d’emblée une proposition qui n’a pas de sens précis. Si toute entreprise est obligée d’être gérée de sorte à réaliser le minimum de profit nécessaire ne serait-ce qu’à sa survie, tel n’est pas le cas pour un pays.
Puis celle-ci : c’est qu’un pays est a priori immortel (une entreprise aussi certes, mais moins qu’un pays - où l’on découvre qu’il en est de l’immortalité comme du vin et de la température, elle a ses degrés…), ce qui par exemple laisse entendre qu’un pays pourrait être, sous certaines conditions, perpétuellement endetté (si si, même la Grèce !).
Et encore celle-ci : quand bien même un pays ferait faillite (« faire faillite » c’est être dans l’incapacité de rembourser ses dettes), contrairement à ce qui se produira pour l’entreprise, le pays ne disparaitra pas, Lui ! C’est évident, mais on l’oublie souvent.
Mais il y a une dernière raison, la seule qui compte d’ailleurs vraiment ici : c’est qu’il n’existe pas d’entreprise dont les salariés constituent l’essentiel de la clientèle. Si bien que la hausse ou la baisse des salaires dans une entreprise donnée n’a aucune conséquence directe sur les ventes et le chiffre d’affaires de cette même entreprise. Or tel n’est pas le cas à l’échelle d’un pays (aux relations commerciales avec l’étranger près bien sûr) où les salariés « du pays », qui produisent les biens dans le pays, en sont aussi les principaux « consommateurs » ! Tout ce qui affectera leur revenu affectera donc aussi leur consommation et donc les ventes effectuées à l’échelle du pays. Or « le pays », ici, ce n’est autre que « les entreprises ». Conséquence : généraliser ce que l’on fait ou souhaiterait faire dans une entreprise en le transposant, comme ça, simplistiquement, à l’échelle de l’ensemble des entreprises, n’a pas beaucoup de sens pour ne pas dire que c’est souvent absurde.
« Une entreprise » n’est pas « Les entreprises ».
Om ! Om ! Om !
Et enfin, cerise sur le gâteau (« Quoi Roselyne ? La cerise c’est un fruit !!! Et le calva qu’est dans le gâteau, c’est de la pomme !!! Alors !!! »), tous ces discours « nationaux » qui présentent le commerce international comme rien moins qu'une guerre économique. On nous explique alors, en France par exemple, qu’il faut, impératif de compétitivité oblige, que le pays vende (exporte) plus aux autres tout en leur achetant (important) moins. Et l’on nous dit la même chose en Allemagne, en Espagne, au Brésil et au Japon, entre autres. Si bien qu’à l’échelle de chaque pays, on ignore ou on feint d’ignorer que les achats (les importations) des uns ne sont rien d’autre que les ventes (les exportations) des autres, et réciproquement. Et l’on oublie ou feint d’oublier que si « tout le monde », en l’occurrence tous les pays, ensemble, se donnent cet objectif de vendre plus aux autres tout en leur achetant moins, alors ce comportement devient pour le moins suicidaire étant donné que si chacun décide d’acheter moins aux autres c’est toute l’activité économique qui en pâtira : moins de ventes, moins de production, et moins d’emploi finalement. « Cerise sur le gâteau » donc, car on touche là au paroxysme de l’absurde, chacun raisonnant comme s’il était possible que tous les pays, ensemble, exportent plus qu’ils n’importent, ce qui, on en conviendra, et tant que nous n’auront pas développé ne serait-ce que le début d’un commencement de commerce interplanétaire, est proprement absurde.
« Un pays », ce n’est pas « Les pays ».
Om ! Om ! Om !
La Moralité à tirer de ces petits exemples (« Pourquoi petit ? », Les Ripoux - Claude Zidi - 1984) ? Simplement ceci : La « traduction » directe d’une phrase exprimée au singulier - « Je… », ou « Il… » - en la même phrase exprimée au pluriel - « Les… » - pose problème. C’est le moins que l’on puisse dire.
Méfiance donc, en Politique comme ailleurs, avant, pendant et après les campagnes électorales, méfiance face à tout argument ou proposition fondés sur cette façon de faire. Car contrairement à l’effet rhétorique souhaité, qui est de nous convaincre pour ainsi dire par auto-persuasion (« Si c’est bon vous, individu, chef d’entreprise, père de famille, alors c’est forcément bon pour la France ! »), on a souvent affaire en vérité à ce que l’on appelle des « sophismes de composition » où le résultat logique qui se produira, à l’échelle collective, suite à l’application généralisée de tels ou tels propos ou mesures pourtant fort pertinents à l’échelle individuelle, sera tout bonnement l’exact contraire de ce que l’on croit. Méfiance donc. Car n’en déplaise aux sophistes de toutes obédiences :
Un Ménage n’est pas les Ménages.
Une Entreprise n’est pas les Entreprises.
Un Etat n’est pas Les Etats.
En bref, Un n’est pas Les !!!
Ah le Népal !!! Le Népal !!! Ses plages. Ses tilleuls. Sa poésie épique. Ses chaussures de sport ! Ses ravioles au foie gras. Son Chardonnay. Ses marmottes. Ses lys en fleur. Allez-y. Vraiment. Vous ne le regretterez pas. Et puis finalement, à y regarder de près, INYAPADA ! Om ! Om ! Om !
Sur ce, extrait d’un rap népalais qui, dit-on, fait fureur depuis ce printemps dans les Monastères du Bengale, et qui s’annonce, aux dires du Pape lui-même, comme le tube de l’été.
dimanche 19 juin 2011
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17 commentaires:
Excellent article !
Question qui vaut son pesant d'olives grecques : comment un état peut-il être éternellement endetté, vu que ses créanciers ne sont pas éternels, ou du moins, ne sont pas prêts à prêter éternellement à la Grèce ?
Il y a deux grands mécanismes pour cela :
1/ Ceux qui ont prêté de l'argent à la Grèce en achetant des obligations récupèrent leur argent en les revendant.
2/ La Grèce réemprunte de nouveau pour rembourser le principal des emprunts arrivant à échéance. Je vois tous les moralistes dire d'ici : "c'est une mauvaiiiise gestion", ceux à quoi je leur répond que ce n'est qu'un mécanisme permettant de scinder un emprunt sur 100 ans en emprunts sur 10 ans voire 5 ans.
Dans les deux cas, cela revient un peu au même : le remboursement des anciens prêteurs par l'arrivée de nouveaux prêteurs.
Si d'un coup on pense que la Grèce ne peut pas rembourser ses emprunts, d'un coup, elle ne peut plus le faire. C'est une anticipation auto-réalisatrice. C'est exactement ce qu'il s'est passé.
Vu que les marchés sont en pleine panique et que, quoi que l'on fasse, ils continueront à paniquer, la seule solution est un découplage des dettes des états européens des marchés. Concrètement : un changement profond des statuts et du fonctionnement du système de banques centrales européennes de sorte qu'elle soit autorisée à émettre de la monnaie pour prêter aux états, y compris si ils n'ont pas à priori la capacité de rembourser. Ce dernier point évitant les funestes anticipations auto-réalisatrices. Tout étant dans le mot "a-priori" : a posteriori, les états en questions auront cette capacité.
Et puis, cela aura un gros avantage : les intérêts de la dette, que l'ensemble du peuple paie, n'iraient pas à des gens déjà riches : on supprimerait ainsi une grosse injustice sociale.
Or, on fait très exactement l'inverse : au lieu de soutenir les grecs, on soutient leurs créanciers...
der Masstab : D'un point de vue strictement technique, un Etat (supposé immortel) peut être éternellement endetté avec un taux d'endettement constant (ce qui a priori lui permet d'être éternellement solvable) si le taux de l'intérêt qu'il paye sur sa dette est inférieur au taux de croissance de son économie.
Merci pour vos précision techniques.
Le problème n'étant, à vrai dire, pas tellement dans l'aspect technique mais surtout de ce que les gens pensent de cette dette. La dette publique depuis quelques années provoque une véritable panique, probablement amplifiée par le fait que tous nos hommes politiques sur le sujet tentent de dissimuler son ampleur au lieu d'expliquer pourquoi la dette publique n'est pas un si gros problème que ça.
Le vrai problème est plutôt que la dette publique devrait appartenir au peuple ou alors à la banque centrale. En tout cas elle ne devrait pas servir à donner des dividendes royaux aux actionnaires des banques, quelle que soit la nationalité de ces dernières d'ailleurs.
der Masstab : C'est vrai que sans tomber dans un moralisme simpliste la gestion de cette crise est loin de répondre aux exigences minimales de l'éthique. Son seul avantage, si tant est qu'il faille en trouver un, c'est qu'elle met l'Europe au pied du mur. Je vous conseille à ce sujet de lire le récent article sur le sujet publié sur econoclaste.
@seneris cornelius : je suis venu, j'ai vu, j'ai lu :-D
Merci beaucoup pour votre suggestion d'article qui a été pour moi comme une illumination synthétique d'idées que j'avais depuis longtemps mais que je n'avais jamais vraiment synthétisé.
Bon, ben, plus qu'à créer un état européen alors. Plus facile à dire qu'à faire.
der Masstab : De rien.
"D’une beauté exquise (normal ils sont Népalais) !" , " "Un" n'est pas "les" "... il fallait oser quand même ! En tout cas c'est clair que ça permet de bien retenir la leçon. Om om om à vous.
JE : Merci. Om Om Om !
@serenis.cornelius:
Faîtes-vous l'hypothèse qu'un solde primaire ne peut être que négatif?
Car s'il est positif, un état peut stabiliser certains ratios dette/PIB, même dans le cas d'un taux d'intérêt supérieur au taux de croissance.
Autre question, s'il ne fait guère qu'un Nébos soit un Népalais, qu'en est-il de la réciproque?
Jean : Oui, je faisais implicitement l'hypothèse d'un solde primaire négatif. Vous avez raison de préciser ce point et sa conséquence sur la "relation" entre le taux de croissance et le taux de l'intérêt qui est loin de n'être que du détail.
Sinon, et sur la réciproque de votre proposition liant Nébos et Népalais, si elle ne va pas de soi en général vu que "Népalais n'implique pas Nébos", il se trouve qu'elle est vérifiée au Népal (sans doute en raison du caractère tropical du climat local).
Bonjour,
Pourriez-vous s'il vous plait m'expliquer ce qu'est un "solde primaire" négatif ou positif ?
Merci !
@Maßtab:
Le solde primaire est la somme des recettes de l'état moins la somme de ses dépenses hors intérêts.
Il mesure ce que l'état reçoit (lorsque le solde est négatif) ou paye (lorsque le solde est positif) à ses créanciers.
Vote solution marche particulièrement bien lorsque le taux d'intérêt est en dessous du taux de croissance, puisque même un solde primaire négatif permet de stabiliser le ratio dette/PIB.
En revanche, dès que le taux d'intérêt est supérieur au taux de croissance, il faut dégager un solde primaire positif, d'autant plus important que la dette est importante et que l'écart entre les deux taux est grand.
Un n’est pas Les !!! (je viens de comprendre !)
C'est une constatation qui explique aussi pourquoi l'on ne passe pas aisément (sinon pas du tout) de la microéconomie à la macroéconomie, malgré de nombreuses tentatives.
RST : Mieux vaut tard que jamais (proverbe tibétain)
@jean : merci beaucoup pour vos explications. Par contre, pourquoi est-ce hors interêts ?
der Masstab : Jetez un oeil à ça, cela devrait répondre à votre question et plus:
www.alternatives-economiques.fr/budget--faites-vos-soldes_fr_art_119_11886.html
@serenis cornelius : je n'avais point vu votre lien. Merci beaucoup ! Je le lirai avec attention bientôt.
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