jeudi 25 novembre 2010

Le prix des choses




Vous êtes donc pour les iconodoules ?
Fernand Braudel - Une leçon d’Histoire - 1986.
(Iconodoule : adjectif singulier invariant en genre, relatif aux théologiens du VIIIe et XIe siècle à Byzance, justifiant le culte des images saintes, contrairement aux iconoclastes.)




Observons très attentivement, mais alors très très attentivement, cette transaction économique de base que l’on appelle un achat, ou une vente, c’est selon, selon que l’on est acheteur ou vendeur, c’est évident, nous sommes d’accord, et découvrons ce fait inattendu, inouï, étonnant, inenvisageable, incroyable, et pourtant si vrai : en échange de la chose échangée, laquelle est livrée à l’acheteur par le vendeur, l’acheteur, pour sa part, remet, mais au juste, il remet à qui ?... ben au vendeur !... elle est nulle cette histoire !... et il lui remet quoi, exactement, l’acheteur, au vendeur ?... ben de la monnaie…dis-donc, faudrait arrêter de nous prendre pour des billes… Exact ! Il lui remet de la monnaie ! Une certaine somme en monnaie ! En bref, l’acheteur paie la chose achetée avec de la monnaie !



Remarquons aussi, tant qu’à faire, que ce principe est général, quand bien même il souffre quelques exceptions (il faudra un jour expliquer pourquoi connaître des exceptions équivaut à une souffrance, mais bon, telle n’est pas la question, ici), comme quand, par exemple, le vendeur fait crédit à l’acheteur (quoique ici il ne s’agit que de « reculer pour mieux sauter », et encore, si tout se passe bien, sinon…), ou quand le vendeur accepte, en échange de la chose échangée, une autre chose, c’est-à-dire quand l’échange prend la forme d’un pur troc, ou quand, ce qui est rare, mais arrive parfois encore, quand l’offreur ne demande rien, en échange de la chose échangée, auquel cas on aura affaire à ce qu’il est coutume d’appeler un don (remarque : il est des dons subtils qui sous l’apparence d’une transaction où seul le donateur s’engage à donner quelque chose, ce geste imprime, quelque part dans l’esprit du récipiendaire, une obligation de donner à son tour, mais plus tard, histoire par exemple de maintenir une certaine réputation, voire de faire un don plus « grand » encore, histoire d’affermir une certaine réputation).



Notons au passage cette injustice que dans ces histoires jamais l’on ne se place du point de vue de la chose échangée, alors que si l’on s’y plaçait, du point de vue de la chose échangée, cela permettrait sans doute d’autres découvertes inattendues, inouïes, étonnantes, inenvisageables, incroyables, et pourtant tout aussi vraies que la découverte précédente, qui mettait au jour cette réalité selon laquelle, dans toute transaction ou presque, en échange de la chose échangée, l’acheteur paie en monnaie, et que je rappelle, même si ce n’est pas forcément utile, mais force est de penser aux amateurs de sushis, lesquels ont, forcément, la mémoire courte, c’est le moins que l’on puisse dire, sinon, on se demande bien pourquoi ils ont pu, un jour, manger un DEUXIEME sushi !!!... nouvelles découvertes donc, qui vaudraient probablement à leur auteur, au minimum, le prix Nobel d’Economie, et donc le droit, que dis-je le droit… la chance ! mieux ! le privilège ! de figurer dans un ouvrage entièrement consacré aux Prix Nobel d’Economie, ouvrage unique en son genre, excellent, et en Français ! mais dont la pudeur et la morale alliées à une certaine idée du bon goût m’emdirent de pêche le titre… pardon… m’empêchent de dire le titre... putain de clavier !!!!... nouvelles découvertes, disions-nous, qui pourraient aussi valoir à leur auteur, et au maximum, le Prix Nobel de la Paix, voire, mais là nous touchons pour ainsi dire au commencement des Cieux, rien moins qu’une nomination à la tête de la Banque du Vatican. Voyez par vous-même, si vous doutez encore, et demandez à une banane, par exemple, c’est de saison, et puis c’est le légume préféré de Roselyne Bachelot, demandez lui, à la banane, comment elle « voit » la transaction, elle, en tant que chose échangée, et vous verrez, vous serez, au minimum, fort étonné par sa réponse, et le principal pour vous, alors, sera de ne pas le montrer, de ne pas montrer que vous êtes étonné.



Bon. Fort bien. Nous voilà bien avancés. On vient d’apprendre qu’une transaction économique, c’est fondamentalement une chose qui s’échange contre de la monnaie. Olala !!! L’Economie !!! C’est quelque chose !!!!



Oui. Mais jusque là il ne s’agissait que d’évoquer les apparences. Or les apparences, c’est fait pour tomber. Toujours. Et quand elles tombent, les apparences, hé bien… Hé bien l’on voit. Et que voit-on ici en l’occurrence ?



On voit qu’en réalité, sous la monnaie que l’on transmet au vendeur, il y a du travail, rien que du travail, rien d’autre que du travail. Son travail à soi, la plupart du temps, son travail d’aujourd’hui, mais aussi, parfois, son travail d’hier (on a épargné une part de son revenu passé et on puise dans cette épargne pour payer aujourd’hui), ou encore son travail de demain (quand on paye à crédit, et qu’il faudra bien rembourser, avec les revenus de son travail futur).
Quant au vendeur, c’est pour lui exactement la même chose : ce qu’il nous vend, au-delà de l’apparence de la chose vendue, c’est une partie de son travail.



Toute transaction est donc à « voir » comme un échange de « travail ». Et la monnaie, ici, a ceci de pratique qu’elle permet des échanges indirects de « travail » en ce qu’il est clair que si vous êtes, par exemple, charpentier, il y a très peu de chance que votre boulanger, ou votre boucher, acceptent, en échange des macarons ou de l’entrecôte que vous leur demandez, que vous leur « refassiez » la charpente de leur boutique. Vous les paierez donc en monnaie, mais pensez bien qu’en réalité, c’est bien d’échanger du « travail » qu’il s’agit, lors de chaque transaction, et d’abord pour cette simple raison que la monnaie que vous avez en poche et avec laquelle vous faites tous vos achats, vous ne l’avez obtenue, en général il s’agit ni plus ni moins d’un salaire, que contre un travail que vous effectuez, que vous avez effectué, ou que vous effectuerez plus tard, dans une entreprise, par exemple. Et si votre boucher ou votre boulanger n’en rien à faire de savoir quel « travail » vous faites, c’est simplement parce que la monnaie que vous leur « donnez » leur suffit, parce qu’il savent qu’à leur tour ils pourront payer en monnaie, sans problème, leur dentiste, ou leur toiletteur pour chien, lesquels à leur tour n’en n’auront rien à faire de savoir que ce client là est boulanger, et que cet autre est boucher, surtout, régime alimentaire oblige, s’ils ne mangent ni pain ni gâteaux.



Le monde actuel est ainsi fait que la division du travail a considérablement allongé, complexifié, opacifié, la chaîne de travail qui vous relie à votre boulanger ou votre boucher, et que la monnaie pour ainsi dire, « anéantit » (la chaîne de travail ! pas le boulanger et le boucher !).



Rien à voir, ou presque, mais cette histoire de boucher et de boulanger, c'est du lourd!... un « classique »... un « classique » parmi les « Classiques »… A méditer, donc, forcément. Voyez-vous même :



« Quand un animal veut obtenir quelque chose d'un autre animal ou d'un homme, il n'a pas d'autre moyen que de chercher à gagner la faveur de celui dont il a besoin. Le petit caresse sa mère, et le chien qui assiste au dîner de son maître, s'efforce par mille manières d'attirer son attention pour en obtenir à manger. L'homme en agit quelquefois de même avec ses semblables, et quand il n'a pas d'autre voie pour les engager à faire ce qu'il souhaite, il tâche de gagner leurs bonnes grâces par des flatteries et par des attentions serviles. Il n'a cependant pas toujours le temps de mettre ce moyen en œuvre. Dans une société civilisée, il a besoin à tout moment de l'assistance et du concours d'une multitude d'hommes, tandis que toute sa vie suffirait à peine pour lui gagner l'amitié de quelques personnes. Dans presque toutes les espèces d'animaux, chaque individu, quand il est parvenu à sa pleine croissance, est tout à fait indépendant, et, tant qu'il reste dans son état naturel, il peut se passer de l'aide de toute autre créature vivante. Mais l'homme a presque continuellement besoin du secours de ses semblables, et c'est en vain qu'il l'attendrait de leur seule bienveillance. Il sera bien plus sûr de réussir, s'il s'adresse à leur intérêt personnel et s'il leur persuade que leur propre avantage leur commande de faire ce qu'il souhaite d'eux. C'est ce que fait celui qui propose à un autre un marché quelconque; le sens de sa proposition est ceci : Donnez-moi ce dont j'ai besoin, et vous aurez de moi ce dont vous avez besoin vous-même; et la plus grande partie de ces bons offices qui nous sont si nécessaires, s'obtient de cette façon. Ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger, que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu'ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme; et ce n'est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c'est toujours de leur avantage. » Adam Smith, Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776.



« Ah ! Qu’en termes galants ces choses là sont mises ! ».
Non ?
Bon.



Nous disions donc, qu’au fond, c’est toujours du travail qui s’échange contre du travail. Et cela fut présenté comme la réalité essentielle qui transparait dès lors que l’on dépasse les strictes apparences. Mais là encore, que d’évidences !!!! Comment ? l’Economie, ça n’est donc que cela ? Est-ce cela que l’on va apprendre à nos enfants, au lycée désormais, où cette discipline est devenue obligatoire en classe de seconde ? Mais l’on se moque je crois… Ben non, c’est ça l’Economie…



Sauf que de cette évidence, il faut en tirer une autre, savoir que le prix réel des choses que nous achetons, ou que nous vendons, n’est pas, n’est absolument pas le prix des choses tel qu’il se voit, tel qu’il est affiché sur « l’étiquette ». Ce prix là, c’est ce que l’on appelle le « prix nominal » ! Voyons alors ce qu’est précisément son « prix réel ».



Paris, rue Soufflot, un matin. Beau. Beau par définition. C’est Paris !
Quelques taxis les uns derrière les autres, alignés dans le sens Panthéon-Luxembourg, attendent de probables clients. C’est étonnant, mais ça ne se voit pas.
Un couple s’approche du premier dans la file.
Tout va très vite. Le taxi démarre et entame la descente du Boulevard Saint-Michel. A l’intérieur du taxi, une conversation édifiante. Faut dire qu’on vient de passer Notre-Dame.



Jo le Taxi - Non mais Monsieur, faudrait voir à pas m’raconter des histoires. C’est k’j’ai lu Arsène Lupin, moi, quand j’étais petit. Faut pas croire.
Le Monsieur
(un parisien, sans doute, vu qu’il ne semble avoir aucun accent) - Ecoutez cher Monsieur, je suis Professeur d’Economie, je sais de quoi je parle. Et je vous le redis, ce n’est pas vrai que tous les prix de toutes les choses que nous achetons augmentent, et surtout, ce que je me tue à vous expliquer, c’est que ce n’est pas parce vous voyez que le prix de tel ou tel produit augmente qu’il augmente réellement et qu’en conséquence ce produit coute plus cher !
La Dame (du 42 sans doute, au vu de son accent) - Je sé que tu as réson mon chéri. Mais ton explication n’été pas tré clére. Tu me l’avé beaucoup mieux expliqué, l’autre jour, à moua.
Jo le Taxi - Ah vous voyez M’sieur. C’est pas moi qui l’dit, c’est vot’ gouvernement. Alors, si c’est vot’ gouvernement…
Le Monsieur - Je veux bien reprendre, mais encore faut-il que l’on m’écoute.
Jo le Taxi - No problem Sir. On vous écoute. Savez quoi ? Un jour j’ai eu Platon dans mon taxi, ou Socrate, je sais plus exactement…
Le Monsieur - Très bien. Dans ce cas je vais pouvoir replacer mon explication dans un cadre général. Cela évitera de m’embêter avec des exemples, et à l’arrivée on aura gagné du temps.
Jo le Taxi - No problem. J’suis toutoui.
Le Monsieur - Soit « grand X » un bien quelconque dont le prix en « t-zéro » était « p-zéro ». Soit le prix « p-un » de ce même bien en une date future « t-un », tel que « p-un » différent de « p-zéro ». Le taux de variation de « p » entre « t-zéro » et « t-un » est donc égal à…
Jo le Taxi - Zauriez pas un exemple M’sieur. Pace’que là, franchement, c’est pas que j’comprends pas, mais…
Le Monsieur - Vous êtes pénible vous.
La Dame - Mé non mon chéri. Il a réson. Pense aussi à moua…
Le Monsieur - Bon. Prenez un bien qui valait 10 euros l’an dernier et qui s’échange aujourd’hui moyennant un prix de 11 euros. Ca va comme ça ?
Jo le Taxi - Là c’est nickel M’sieur…
La Dame - Oh mon chéri ! Toua alors !!! Tu es trop !!!!!
Le Monsieur - Son prix exprimé en monnaie a donc augmenté de 1 euros, soit de 10%.
Jo le Taxi - Ouais. Fastoche. Et là j’vous r’dis, sauf mon respect, qu’le bien i’m’coûte 10% d’plus.
Le Monsieur - Justement non cher Monsieur. C’est là votre erreur.
Jo le Taxi - J’y crois pas. Mettons qu’c’est l’litron d’gazoil qui prend 10% et vous m’dites qu’i’m’coute pas 10% d’plus ?
Le Monsieur - Parfaitement. En réalité, cela dépend. Et cela dépend, en première approximation, de l’évolution, sur la même année, de l’ensemble des prix, en clair, de l’évolution de l’inflation.
Jo le Taxi - C’est nouveau ça.
Le Monsieur - Ce n’est pas nouveau. Cela a toujours été comme ça. Vous savez ce qu’est l’inflation, au moins ?
Jo le Taxi - Et puis quoi encore ! Faudrait voir à pas m’prendre pour un blaireau. J’vous ai dit, j’ai eu Platon dans mon taxi, moi Monsieur. En plus j’suis supporteur du PSG, et pire, ma « banquière », elle a fait HEC, alors…
Le Monsieur - L’inflation c’est la hausse moyenne des prix des principaux biens de consommation…
Jo le Taxi - C’est c’que j’allais dire. Ya des prix qui montent. Yen a d’autres qui baissent. Mais en moyenne et rapport à l’ensemble ça monte. Fastoche.
Le Monsieur - L’inflation, c’est donc aussi, en même temps, et à l’intérieur du pays considéré, une baisse de la valeur de la monnaie, une diminution de son pouvoir d’achat si vous préférez. Quand au cours d’une année les prix montent, dans un pays, disons de 5%, par exemple, comprenez cher Monsieur que cela veut dire qu’à la fin de cette année, avec une même somme d’argent, vous ne pourrez plus vous acheter la même quantité de biens qu’au début de l’année, que la quantité de biens que vous pourrez acheter sera inférieure de 5% à ce qu'elle était au début de l'année.
Jo le Taxi - Je comprends.
La Dame - Toua alors !!! Mon chériiiiiiiii !!!
Le Monsieur - Si bien que quand le prix d’un produit augmente, sur l’étiquette, de 10%, certes vous débourserez 10% de plus, mais cela ne veut pas dire pour autant que le produit coûte 10% de plus, que son prix a réellement augmenté de 10%. Car si vous payez ce produit dans une monnaie qui elle-même a perdu, disons, 15% de sa valeur, parce que le niveau général des prix a augmenté de 15%, que l’inflation est de 15%, alors en réalité la variation du prix de ce produit est de 10 – 15 = – 5%, si bien que le prix de ce produit a réellement diminué de 5%. On dira donc que si le prix nominal d’un produit augmente de 10% quand l’inflation est de 15%, son prix réel a baissé de 5%. Dit de façon plus générale, pour un bien quelconque « grand X » dont le prix en « t-zéro » était « p-zéro »…
La Dame - Mon chériii…
Le Monsieur - Ah oui. Excusez-moi… Je voulais dire que de façon générale, l’évolution du prix nominal d’un bien ne dit rien de l’évolution de son prix réel. Il faut, pour appréhender l'évolution de son prix réel, corriger l'évolution de son prix nominal par l’inflation et, en première approximation, déduire le taux d’inflation de la variation du prix nominal du produit considéré. Ce n’est pas parce que le prix que vous payez pour un bien augmente de 10% que ce produit vous coûte 10% plus cher !
Jo le Taxi - Vous êtes sûr ?
Le Monsieur - Ce n’est pas moi, c’est la stricte réalité.
La Dame - Oh mon chériiiii !!!
Le Monsieur - Il faudrait donc, lorsque qu’on parle de la hausse du prix de tel ou tel produit, commencer par voir si, au-delà de la hausse des prix telle qu’elle est visible sur les étiquettes, le prix réel a également augmenté. Et cela ne sera vérifié que si la hausse du prix nominal du produit est supérieure au taux d’inflation.
Jo le Taxi - J’y crois pas.
La Dame - Mais puisque c’est mon mariiii qui vous le diiiit…
Jo le Taxi - J’y crois pas quand même. Penser qu’ya des trucs que j’paye plus cher et qui m’coutent pas plus cher… J’y crois pas…
Le Monsieur - Faites un effort cher Monsieur, ce n’est pas si difficile…
Jo le Taxi - J’y crois pas… Vous auriez raison que ça se saurait, non ? Qu’ils le diraient, à la télé. Non?
La Dame - Mais puisque c’est mon mariiii qui vous le diiiit…
Le Monsieur - Ecoutez, cher Monsieur, je vais vous l’expliquer autrement. Je suis sûr que cette fois vous allez comprendre… Supposez que demain vous augmentiez vos tarifs, à vous, de sorte que l’heure de taxi soit affichée à un prix augmenté de, disons, 5%...
Jo le Taxi - Bonne idée…
Le Monsieur - Seriez-vous alors « plus riche » de 5% ?
Jo le Taxi - Ben non. C’qui compte, c’est pas la hausse d’mes tarifs, j’dirais même plus qu’à la limite, j’m’en tape d’mes tarifs, c’qui compte, c’est l’augmentation d’mon pouvoir d’achat, et mon gouvernement pareil…
Le Monsieur - Votre gouvernement ? Cela fait deux fois que vous me parlez de votre gouvernement…
Jo le Taxi - Oui. C’est ma femme. J’l’appelle comme ça, des fois…
La Dame - Oh mon chéri !!! Je suis ton gouvernement !!!! Touaaaa alors !!!
Le Monsieur - Je suis d’accord. Mais dites moi, vous le calculez comment votre pouvoir d’achat ?
Jo le Taxi - Mon pouvoir d’achat ? J’le calcule pas. J’le sens…Non… J’le perçois.
Le Monsieur - Admettons, et dites moi comment vous le percevez, alors, votre pouvoir d’achat…
Jo le Taxi - Ben ça dépend du prix des choses que j’me paye avec ma paye…
Le Monsieur - Ah Ah ! Vous voyez, cher Monsieur, nous sommes d’accord ! Si vous augmentez vos tarifs horaires de 5%, et si l’inflation est, disons, de 7%, votre pouvoir d’achat évolue de 5 – 7 = – 2%, votre pouvoir d’achat baisse de 2%, et ce malgré la hausse de vos tarifs. C’est exactement ce que je vous expliquais tout à l’heure, à ceci près que je l’exprimais à ma façon.
Jo le Taxi - Vous êtes sûr que c’est ça que vous m’disiez ?
Le Monsieur - Mais oui cher Monsieur. Mettez-vous à la place de l’un de vos clients : pour lui, le prix de la course augmente de 5%. Mais cela, c’est pour le prix nominal. Si l’inflation est de 7%, le prix réel de la course, pour votre client toujours, a donc baissé de 2%. Votre client ne peut pas dire que la course coûte plus cher. Vous comprenez ?
Jo le Taxi - Heu…
Le Monsieur - Comprenez qu’il n’y aucune raison pour que le prix réel de la course ait baissé pour vous et pas pour votre client.
Jo le Taxi - C’est sûr.
Le Monsieur - Alors cher Monsieur, c’est que nous sommes d’accord…
La Dame - Oh mon chériii !!! Olala !!! Toua alors !!!!
Le Monsieur - Retenez donc qu’on ne devrait jamais parler de la hausse du prix d’une chose, ou de sa baisse, sans avoir préalablement comparé cette hausse ou cette baisse avec l’évolution du niveau général des prix, telle que mesuré par le taux d’inflation.
Jo le Taxi - Ca alors…
Le Monsieur - S’il nous reste quelques minutes, je peux même, cher Monsieur, vous en dire plus encore, et vous révéler ce qui se passe réellement…
La Dame - Oh oui mon chériiii !!!
Le Monsieur - D’ailleurs, ce que j’ai à vous dire, vous l’avez pour ainsi dire exprimé vous-même, tout-à-l'heure.
Jo le Taxi - Ah ?
Le Monsieur - Oui.
Jo le Taxi - J’suis toutoui.
Le Monsieur - Certes pour évaluer le prix réel d’un bien, et plus particulièrement, son évolution dans le temps, il faut prendre en compte l’inflation. Mais l’inflation, c’est très général, car l’inflation est mesurée sur la base d’un ensemble de produits que vous ne consommez pas forcément vous-même, ni dans les mêmes proportions.
Jo le Taxi - Oui.
Le Monsieur - L’inflation, en fait, n’intéresse personne en particulier…
Jo le Taxi - C’est vrai…
Le Monsieur - C’est pourquoi, pour un particulier, quelqu’un comme vous, ou comme moi…
La Dame - Oui mon chériiii !!! Toua !!! Toua !!! Toua !!!
Le Monsieur - … pour un particulier quel qu’il soit, ce qu’il faudrait faire, c’est, systématiquement, comparer la hausse, ou la baisse, du prix nominal de tel ou tel produit, qu’il achète, avec la hausse, ou la baisse, de son salaire. Là, on saurait si, pour soi, le prix réel du produit a augmenté ou, au contraire, s’il a diminué. Si le prix de la baguette de pain a augmenté de 5% mais que mon salaire a augmenté, dans le même temps, de 8%, alors pour, moi, le prix réel de la baguette a baissé de 3%. Vous comprenez ?
Jo le Taxi - Je crois.
Le Monsieur - Et savez vous, cher Monsieur, pour quelle raison c’est cette comparaison là qu’il faudrait faire, systématiquement, pour savoir si tel ou tel produit vous coute plus cher ?
Jo le Taxi - Non.
Le Monsieur - Mais si vous le savez. C’est parce qu’en réalité, quand on achète un bien, ou un service, ce qu’on échange, c’est une certaine quantité de travail, cette quantité de travail qui a permis de produire le bien ou le service en question, et cette quantité de travail, on l’échange, fondamentalement, avec une certaine quantité de son travail à soi. Tout échange, en réalité, c’est cela, un échange de « travail ». Derrière la monnaie que je vais vous remettre, quand vous m’aurez déposé à ma destination, ce que je vais vous remettre en réalité c’est l’équivalent monétaire d’une certaine fraction de mon travail.
La Dame - Oh mon chériii !!! Toua !!! Toua !!! Toua alors !!!



C’est ainsi que Jo le Taxi compris que concernant le prix des choses, c’est comme, entre autres, pour les salaires ou le taux de l’intérêt. Que ce qui compte vraiment, véritablement, ce n’est pas leur prix nominal, tel qu’on peut le voir sur les étiquettes, ou écrit sur un contrat, mais leur prix réel, lequel n’est affiché ni écrit nulle part, et qui dépend, de façon générale, du prix des autres choses, et de façon plus particulière et précise à la fois, du niveau des salaires. Et cela parce que, fondamentalement, en Economie, ce que l’on échange, au-delà des marchandises et de la monnaie, c’est du travail !
D’ailleurs, Jo le Taxi le compris si bien, qu’à peine Le monsieur et sa Dame allaient-ils sortir de son taxi, que, juste avant d’encaisser le juste prix de son travail, il augmenta, comme ça, d’un coup et sans prévenir, le prix nominal de la course de 5%…





Bon. Ca suffit comme ça. Quand on vous dit que c’est La plus belle ville du monde !

20 commentaires:

Anonyme a dit…

"Toute transaction est donc à « voir » comme un échange de « travail »"

Je savais bien qu'au fond, Robert Mugabé avait raison.

serenis cornelius a dit…

Anonyme : Ce n'est pas une raison...

RST a dit…

@serenis cornelius
« fondamentalement, en Economie, ce que l’on échange, au-delà des marchandises et de la monnaie, c’est du travail »
Bon, OK, ça c’est, "en Economie". Et dans la vie réelle ?
Au-delà de la boutade (que vous me pardonnerez, vous êtes habitué maintenant) votre phrase n’est elle pas révélatrice des difficultés qu’ont les économistes à être, disons, "réalistes" ? Parce qu’en fait, aujourd’hui, dans cette économie financiarisée, dans ce grand casino qu’est devenu le monde, nous faisons face à une perversion de cette idée que l’échange est un échange de travail. Ce que j’essaye de dire c’est que, sauf erreur de ma part, les plus gros volumes d’échange de monnaie se font actuellement sur les produits financiers au sens large (devises, CDS, …) et que si l’on considère le travail comme ayant à un moment donné nécessairement rapport avec la production de biens, on en est très loin avec les activités purement financières que j’aurais du mal à inclure dans ma définition de "travail". Et que c’est là une des origines de la crise, à savoir que la monnaie qui devrait servir à organiser les échanges de travail est principalement et très largement utilisée par une minorité pour jouer au Monopoly !

Gromovar a dit…

Dis, Monsieur, ça serait vraiment sympa d'avoir un index par thème sur cet excellent blog, comme ça je pourrais dire à mes élèves de venir s'y instruire et s'y édifier.

@RST : En même temps, les traders et leurs supports travaillent pour produire leurs plus-values. Donc retour à la case départ.

serenis cornelius a dit…

Gromovar : Merci pour votre sympathique commentaire.
Concernant l'index, c'est une bonne idée, mais je ne sais comment faire (je vais voir si c'est possible). Cela dit, vous avez en haut à gauche de la page du blog une fonction "Recherche" qui vous permet, en y entrant un mot, de trouver tous les billets (ou presque car ça ne me semble pas toujours totalement performant) qui évoquent ce mot, dans ce blog, mais aussi dans tous les blogs qui figurent dans ma blog'roll.

serenis cornelius a dit…

RST : Gromovar a répondu en une phrase ce que je m'apprêtais à dire en un long paragraphe.
Notez en outre que je précisais que l'échange de travail peut faire intervenir le travail d'un autre, cas classique dès lors que l'on évoque les revenus financiers.
Maintenant, sur le fait qu'une émission monétaire qui n'aurait lieu que dans la sphère financière entraîne inéluctablement des crises, il me semble qe c'est là un point parfaitement démontré par l'Histoire et la Théorie économiques. Tout comme une évolution des revenus qui donnerait la part trop belle aux revenus financiers plutôt qu'à la rémunération du travail est une condition permissive de la crise.

jefrey a dit…

Bonjour,

Ne devrait-on pas dire échange de richesse crée?

Imaginons que j'ai des super pouvoirs et qu'en claquant des doigts je peux produire ce que je veux. Je ne sais pas si dans ce cas on peut encore parler de travail...

Plus sérieusement, très bon billet, comme d'habitude. Merci à vous.

serenis cornelius a dit…

Jefrey : Si vous avez ces super pouvoirs, vu que vous pourrez obtenir ce que vous voulez au prix, quand même, d'un petit travail, ne serait-ce que celui qui consiste à claquer des doigts (c'est bien du travail, au sens énergétique du terme au moins), alors vous n'aurez pas besoin d'échanger quoi que que ce soit. Où l'on voit que le rapport entre richesse et échange est tel qu'effectivement, comme vous le dites, on échange une "richesse créée", mais qui ne devient véritablement richesse que dans le cadre de l'échange. C'est pourquoi l'on considère que fondamentalement, l'échange est créateur de richesse. Ou, dit autrement, il valide le travail qui a permis de créer "quelque chose", en le transformant en richesse effective.

RST a dit…

@ Gromovar et serenis cornelius

Ouais ben non !
Je maintiens qu’il faut définir ce que l’on entend par travail, (au delà de considérations purement idéologiques ou de jugement de valeur).
Parce que la théorie économique, pour ce que j’en ai compris, admet quelque part qu’il y a plus ou moins une relation entre inflation, masse monétaire, richesse produite et donc travail. Pour certains, la masse monétaire doit plus ou moins correspondre à la richesse produite (ou au PIB qui est le plus "simple", ou le moins compliqué, à mesurer) et son accroissement, à cette masse, doit plus ou moins suivre l’accroissement de ce PIB. C’est très simplifié, j’en suis conscient mais c’est juste pour faire remarquer qu’il y a une relation entre l’inflation et le fonctionnement de la monnaie.

Obtenir des plus values en jouant avec la monnaie représente certes un travail au sens activité humaine mais, selon moi, une perversion au sens économique puisque cela revient à détourner de la monnaie du circuit productif. Je reviens à ma comparaison favorite, celle du corps humain. Mettez une pompe en dérivation sur le circuit sanguin et faites toutes sortes de manips et d’expériences avec ce nouveau circuit. Les médecins pourront pondre toutes les théories qu’ils veulent sur la circulation sanguine à partir de ce système, mais les appliquer ensuite pour en tirer des conclusions sur le fonctionnement d’un corps humain sain est, non pas impossible à priori, mais excessivement périlleux et sujet à caution.
Alors vous pouvez arbitrairement décider que la définition du corps humain est faite en tenant compte du circuit en dérivation, de même que vous pouvez décider que les traders "travaillent". Il n’empêche, dans les 2 cas il y a perversion et je maintiens donc que dans l’économie actuelle, échange de monnaie ne signifie pas nécessairement échange de travail au sens où il devrait être entendu. Echange de monnaie peut tout simplement aussi signifier … échange de monnaie, permettant d’en détourner une partie au passage.

jefrey a dit…

A serenis cornelius

J'aurai du dire je peux produire qu'un seul bien en claquant des doigts, de tel sorte que j'ai quand même besoin de l'échange. Mais effectivement, si mon bien ne trouve pas d'utilité, il ne peut être source de richesse et donc c'est bien l'échange qui permet la richesse effective comme vous dites. Du coup, mes connaissances sont plus riches grâce à cet échange!

serenis cornelius a dit…

RST : Bien sûr qu'il y a un rapport entre travail, richesse produite, quantité de monnaie et inflation. Mais ce n'est pas le sujet, directement en tout cas. Car quelle que soit la manière et quels que soient les motifs avec laquelle la monnaie est émise, il reste que l'on échange jamais de la monnaie contre de la monnaie (en interne bien sûr). Vous trouverez toujours, en contrepartie de la monnaie échangée, un bien ou un service, et à partir de là, il sera toujours possible de parler de travail, qu'il s'agisse d'un travail manuel, d'un service de type financier, ou d'une prestation intellectuelle.
Je crois que le problème que vous soulevez est ailleurs et renvoie à un vieux débat sur l'opposition entre travail productif et travail improductif (vous le dites vous-même d'ailleurs) qui revient à rappeler qu'au fond, c'est la production de biens de consommation qui, à tout moment, est déterminante, et que la question est de savoir si tous les revenus issus de l'ensemble de l'activité économique sont, pour leur montant global, comme pour leur distribution, en "harmonie" avec la quantité de biens de consommation produite.
C'est pourquoi je ne pense pas que l'on puisse dire qu'il y ait un "détournement de la monnaie du circuit productif" dans le cas que vous évoquez puisque force lui est d'y revenir toujours. Ce qui ne veut pas dire que l'extension financière que vous évoquez aussi ne fasse pas problème, c'est le moins que l'on puisse dire. Mais on aborde là un tout autre sujet que celui abordé dans le billet, qui visait à rappeler que les pris dont il faut parler, ce sont les prix réels et non les prix nominaux.

serenis cornelius a dit…

Jefrey : D'accord. Et merci.

jean a dit…

Vous me faîtes un peu frémir. Seriez-vous en train de faire une théorie de la valeur travail?
Ce n'est pas plutôt le contrôle d'une ressource rare (le travail mais aussi la sol, le sous-sol, les monopoles institués par l'état...) que l'on échange?

serenis cornelius a dit…

Jean : Non, je ne crois pas qu'il y ait là une théorie de la valeur-travail, au sens strict du terme, puisque que ce n'est pas la quantité de travail qui détermine en soi le prix des choses étant donné que c'est le prix des choses qui attribue une valeur au travail échangé, et que ce prix des choses est fondamentalement déterminé par le marché.

der Maßstab a dit…

Bravo pour cet article, très intéressant ! (Au passage, je me demande si mon commentaire du post précédent ne vous a pas un peu inspiré.)

1) Dans tout ça, il y a un coût, lié à un travail, que l'on a oublié : le coût de la transaction en elle-même, lié au travail nécessaire pour faire la transaction.

Un exemple de la vie courante est celui des files d'attente. Beaucoup de gens sont prêts si possible à payer un peu plus pour passer les premiers. Ce supplément est une mesure du coût qui consiste à faire la queue, qui fait partie du coût total de la transaction.

Il y a également dans ce coût de transaction le coût de l'entretien du magasin, des caissières, des vigiles, etc... Ces frais, donc derrière ces travaux, n'augmentent pas la valeur de la chose vendue, mais sont liés à la transaction.

Ce coût est souvent négligeable, mais il est important de connaître son existence.

2) En ce qui concerne la spéculation, le problème est justement là ! Les spéculateurs bénéficient du travail utile des autres (nourriture, biens de consommation, etc...) alors qu'ils produisent du travail inutile (jouer sur les places financières). Si un peu de spéculation est inévitable, et peut-être même nécessaire, la spéculation actuelle a atteint des niveaux beaucoup trop élevés et parasite l'économie réelle.

Il est urgent de prendre des mesures législatives afin de faire revenir la spéculation à des niveaux raisonnables. Par exemple, on pourrait :

a) Limiter la vitesse de transaction. Posséder des actions (et donc derrière des morceaux d'entreprise, donc de capital industriel, donc de machines, etc...) pendant une poignée de millisecondes est absolument un non-sens. Un temps minimum de quelques heures pourrait permettre de calmer les spéculateurs sans gripper l'économie réelle.

b) Augmenter fortement les prix des achats et ventes d'action des gros volumes. De cette manière, les coûts de transaction deviendront prohibitifs pour les spéculateurs, mais pas pour les investisseurs.

3) Il faudrait une bonne fois que l'on redonne son importance et ses lettres de noblesse à l'économie réelle.

Je me souviens, par exemple, d'un petit livre que j'ai lu quand j'étais gamin, sur le vol, qui disait en gros : "voler des bonbons chez un commerçant, c'est très mal, car c'est comme lui voler de l'argent".

Avoir besoin de dire cela montre que les gens accordent beaucoup trop d'importance à l'argent qu'à l'économie réelle. Le bon argument est : "voler des bonbons, c'est très mal, car c'est comme lui voler son travail".

serenis cornelius a dit…

Der Masstab : Oui la spéculation est ambivalente en ce qu'elle est sans doute utile mais potentiellement destabilisatrice. Les propositions que vous faites pour en réduire le caractère destabilisant sont intéressantes et nuancées, et certaines ne sont pas sans rappeler celles que Keynes mentionnait dans les années 1930.
Quant à l'idée qu'il faut privilégier l'économie réelle, je suis d'accord, mais il est désormais impossible de la penser sans sa dimension monétaire et financière.

Thomas a dit…

Je veux pas faire le rabas joie mais si mon salaire augmente de 10%et les prix de 5 %, mon salaire réel augmente de 2% non (10/5 plutôt que 10-5)?

Thomas a dit…

Oups petite erreur de ma part. Ca ne fait pas 2% mais une valeur un peu inférieure à 5% (1.1/1.05=4.7%).

serenis cornelius a dit…

Thomas : Vous avez raison. Le "vrai" calcul a faire ici est un rapport d'indice, soit 110/105 = 1,0476. Faire simplement 10-5 et donc obtenir 5 est une approximation commode, laquelle est à prohiber dès lors que l'on a affaire à des montants importants, ou, surtout, que l'on raisonne sur une grande série de périodes, vu que dans ces cas les décimales comptent...
Si je n'en parle pas, c'est aussi parce que je suppose que le lecteur "moyen" de ce blog ne connait pas la méthode des indices, laquelle est loin d'être intuitive, et qu'en l'occurrence, cela ne me parait pas indispensable pour comprendre le sujet de ce billet.
Cela dit, vous avez bien raison de rectifier.

der Maßstab a dit…

Quand je dis que la spéculation est inévitable est peut-être inévitable, et peut-être même nécessaire, je veux surtout dire qu'il est illusoire de vouloir "l'exterminer".

Dire qu'elle est sans doute utile me gêne un peu. Je dirai plutôt les choses en sens inverse : je la trouve inutile, mais je n'y mettrai pas ma main à couper. Il y a peut-être des effets économiques que je ne connais pas qui font qu'elle est utile.

Par exemple, on pourrait supposer que les spéculateurs, en achetant des produits lorsqu'ils sont peu chers (et en contribuant donc à ce que leur prix monte, par la loi de l'offre et de la demande), et en les vendant lorsqu'ils sont très chers (et en contribuant donc à ce que leur prix baisse), il pourraient peut-être stabiliser le marché.

Mais il y a un gros hic : c'est que les spéculateurs ne font pas leurs opérations d'achat et de vente en fonction du prix, mais de sa variation : si le prix commence à baisser, j'en conclus qu'il est à son maximum et je vends, donc je contribue à ce qu'il baisse encore plus. Inversement, quand les prix commencent à monter, en achetant, je contribue à ce qu'ils montent encore plus. Bref, la spéculation, au lieu de stabiliser le marché, le déstabilise.

Ceci dit, pour moi, les spéculateurs resteront toujours des voleurs profitant du travail utile des autres sans fournir de travail utile.