dimanche 5 avril 2009

Pas de Dette sans Créance

Monseigneur De Courtray n’a rien compris au préservatif.
La preuve, il le met à l’index.
André Santini - Corse, et Homme politique français - (1940 - ?)


Vous remplacez, dans cette citation qui remonte à quelques années déjà et qui visait le Cardinal de Courtray, Evêque de Lyon et « Primat des Gaules » (un comble !), vous remplacez donc « Monseigneur de Courtray » par « Le Pape Benoît XVI », et la tirade à « Dédé le Corse » (c’est comme cela, dit-on, qu’on l’appelle dans « Le Milieu » d’Issy-les-Moulineaux), retrouve une actualité dramatiquement stupéfiante.

Mais direz-vous, quel rapport avec l’Economie ? Etrangement, nous allons voir qu’on n’en est pas si loin que cela, dans les medias et autres débats politiques, où les grandes envolées morales remplacent souvent les raisonnements économiques les plus élémentaires.

Dans la série des « Evidences qu’il convient de toujours garder à l’esprit mais que l’on a trop tendance à oublier », de même qu’il ne saurait y avoir, dans l’Economie, un (des) achat(s) sans qu’il y ait simultanément une (des) vente(s), il est impossible qu’une Dette puisse exister sans sa contrepartie, à savoir une Créance. Car si, par exemple, un ami vous prête 100 euros, vous lui devez, dès le prêt effectué, 100 euros, autrement dit vous avez une Dette de 100 euros vis-àvis- de votre ami, qui bien sûr, de son côté, sait que vous lui devez désormais 100 euros, et dispose donc, en conséquence, du Droit à se faire rembourser les 100 euros le jour convenu, et ce Droit, c’est ce qu’on appelle une « Créance ». En contrepartie de votre Dette de 100 euros, votre ami possède donc une Créance de 100 euros. Votre Dette et sa Créance sont, en quelque sorte, comme les deux faces d’une même pièce.

Evidence donc, dont on se demande bien pourquoi il est utile de la rappeler. Mais voyez le nombre de fois où dans les medias et autres débat politiques, on l’oublie complètement, au point d’arriver à dire, vraiment, n’importe quoi.

L’exemple qui « saute aux yeux », tant il défraie la chronique depuis plusieurs années déjà, et aujourd'hui plus que jamais, est, bien sûr, celui de la « Dette publique ». On martèle son montant : 1 200 milliards d’euros en France. On compare son montant au PIB du pays (environ 1 900 milliards d’euros en 2008), de sorte à évoquer un « taux d’endettement », un « ratio de la Dette publique » de 63%, lequel est systématiquement présenté comme « particulièrement inquiétant », voire l’annonce de la « faillite inéluctable » de notre pays. Et, faute de rappeler que ces chiffres ne veulent, en soi, absolument rien dire, on se lance dans des discours qui n’ont ni queue ni tête.

Je passe dans ce billet les détails techniques qui font qu’il faudrait d’abord savoir de quoi l’on parle, et ne pas confondre la « Dette publique » avec de la « Dette de la France », qui ne sont absolument pas la même chose. La « Dette publique » c’est la dette de l’Etat : en gros la Dette liée à l’action du Gouvernement, quand il s’endette pour financer des Dépenses publiques (Justice, Sécurité, Education, Recherche, Culture, etc.) dont le montant excède le total des impôts collectés, bref, pour financer le « Déficit de son Budget », plus, dans sa version large, le « Déficit de la Sécurité Sociale ». La « Dette de la France », c’est la somme de toutes les dettes que des « Français » peuvent avoir vis-à-vis d’étrangers : la partie de la « Dette publique » financée par des emprunts contractés à l’étranger, mais aussi les dettes d’entreprises françaises (dont des banques) qui sont endettées, par exemple, auprès de banques étrangères, voire la dette d’individus ayant emprunté de l’argent à l’étranger.

Je passe donc, pour revenir à l’hystérie qui depuis quelques années « imprègne» tous les débats publics sur la question de la « Dette publique », la « Dette de l’Etat ».
Hystérie en effet, car quand on vous dit que la « Dette publique » française, c’est 1 200 milliards d’euros, vous pourriez répondre : « Et alors ? ». Ce qui vous« cataloguera » d’entrée soit comme « simple abruti qui ne comprend décidément rien », soit comme « esprit impertinent », et à quoi on vous répondra : « Cela fait quand même 63% du PIB national, 63% du total des revenus distribués en France en 2008 ».
Et si vous persistez : « Et alors ? ». Là vous aurez franchi un pic, et c’est de votre « insolence » dont on se rappellera, pas moins. Mais on vous répondra quand même, car on a bon cœur, au fond, surtout avec les esprits simples : « Vous n’avez pas l’air de comprendre. C’est que l’Etat paye des intérêts sur cette dette, et sur une dette de 1 200 milliards, cela devient énorme. En France, chaque année, c’est tout l’Impôt sur le Revenu qui passe en financement des intérêts de la Dette publique. Soit 50 milliards d’euros !!! Ca vous va comme ça ? ».
Outre que la phrase est bizarrement tournée, en ce qu’elle essaie simplement de dire qu’effectivement, aujourd’hui, en France, le montant annuel des recettes fiscales perçues par l’Etat au titre de l’Impôt sur le Revenu des particuliers est égal au montant total des intérêts annuels que l’Etat paye sur sa Dette, vous pouvez toujours répondre, à votre tour : « Et alors ? L’Impôt sur le Revenu, ce n’est finalement que 20% des recettes fiscales de l’Etat, et puis, il n’y a que la moitié des Français qui payent l’Impôt sur le Revenu, alors… ».
Là c’est un cap que vous aurez franchi, et votre interlocuteur vous trouvera franchement insupportable. Il daignera quand même vous répondre, car on a bon cœur, au fond, surtout avec les esprits simples, et il vous dira, histoire d’en finir : « Cela fait 18 000 euros par habitants !!! La « Dette publique » de 1 200 milliards !!! Cela veut dire que chaque bébé qui naît, en France, naît avec une Dette de 18 000 euros. Vous trouvez cela normal ? ».
Là on vous sent proche d'une péninsule, et tout prêt d’ajouter : « Les mourants aussi, ils doivent 18 000 euros ? Mais à qui ? Et quand ils meurent, ils remboursent plus ?». Mais vous retenez cette « ânerie », quoique cette histoire de mourants vous donne une idée, et, préférant tenir le cap, vous reprenez de plus belle, et tant pis pour la grammaire : « Et alors ? Il est pas immortel l’Etat ? Alors, si l’Etat est immortel, pourquoi il ne pourrait pas être toujours, éternellement, perpétuellement, indéfiniment endetté, l’Etat ? ».

Et c’est là, si on ne l’a pas fait avant, ce qui est plutôt la règle, dans les medias et en politique, que l’on en appelera à votre sensibilité morale, à votre « instinct de culpabilité », en vous disant explicitement, ou, ce qui est beaucoup plus fréquent, en vous laissant entendre, que « devoir de l’argent », être « à découvert », bref avoir une « Dette », si vous aviez pu vous en passer, vous l’auriez fait, que si donc vous avez une « Dette », c’est que vous n’avez pas, par le passé, suffisamment épargné, que vous n’avez fait aucun « effort », en fait. Pas d’Epargne ! Mais vous voulez dépenser quand même, tout de suite, et en vous endettant ! Dépenser plus que ce vous gagnez, « Vivre au dessus de vos moyens » ! Voilà ce que vous voulez. Et cela, ce n’est pas Bien ! C’est Mal ! Très Mal même ! On le sait, au moins depuis Jean de La Fontaine (Rappelez-vous, « La cigale et la Fourmi », à l’Ecole Primaire).

Notez au passage que votre interlocuteur est passé, de façon « subtile », d’un raisonnement relatif à « ce qui se passe » au niveau de l’Economie considérée « dans son ensemble », à une « démonstration » fondée sur votre comportement individuel. Ce qui est un « classique de l’erreur » en Economie. Mais il est des fois ou effectivement « malheur est bon ». Et là, en vous mettant en scène, vous personnellement, votre interlocuteur vous offre, sans le savoir, « l’arme fatale », « la réplique qui tue » : « Et alors ? Il y a un truc que je ne comprends pas dans vos histoires. Si j’emprunte 100 euros à un ami, d’accord, j’ai une Dette. Mais lui, mon ami, il a, automatiquement, sur moi, une Créance de 100 euros. Et si comme vous me le dites, la Dette c’est Mal, une Créance, vu que c’est le « contraire » d’une Dette, c’est forcément Bien. Et donc, étant admis qu’il est impossible qu’il existe, quelque part dans l’Economie, une Dette, sans que quelqu’un ait quelque part, dans l’Economie, une Créance, et qu’une Créance c’est Bien, alors la Dette, elle aussi, elle est forcément Bien. Il est où, le problème ? ».

Ici, soit le dialogue est coupé net, vous êtes à la fois tellement « affligeant, désespérant et irrécupérable ». Soit on se donne rendez-vous à l’aube, avec chacun ses témoins, ne restant qu’à discuter du choix des armes.

Sinon, solution de dernier recours, histoire de sauver au moins « votre âme », vu que pour votre « esprit », il ne semble plus y avoir l’ombre d’un espoir, on vous enverra au Vatican (c’est très beau le Vatican, un peu bruyant, parfois mal fréquenté, ça n’a pas d’étoile au Michelin, mais c’est très beau, le Vatican), où vous trouverez certainement, dans l’entourage du Pape, surtout l’actuel, un « Conseiller spécial aux affaires économiques et sociales », pas forcément « ensoutané » d’ailleurs, et qui, pour vous, reprendra tout depuis « le Début ».

Le « Conseiller spécial aux affaires économiques et sociales » commencera par vous rappeler à grands traits les bases du catéchisme. Il insistera, ensuite, car c’est là qu’il veut en venir, sur le « Péché originel » et ses conséquences, dont cette conséquence ci en particulier : qu’en raison du Péché initial, l’Homme naît avec une Dette, une « Dette originelle » en quelque sorte, et vu qu’au Vatican, aujourd’hui encore et malgré les apparences, le Péché, ce n’est pas Bien, que le Péché c’est Mal, il résulte que pour la « Dette originelle », c’est « logiquement forcément pareil », puisque la « Dette originelle » et le « Péché originel » c’est finalement la même chose, et qu’en conséquence la « Dette originelle » est Mal. Et comme « Les chiens ne font pas des chats », il n’y a pas que la « Dette originelle », ce sont toutes les Dettes, quelles qu’elles soient et d’où qu’elles proviennent, qui sont, par principe, Mal.

Le « Conseiller spécial aux affaires économiques et sociales » vous saluera alors « bien haut », et poussera la compassion à conclure en vous signifiant que votre histoire selon laquelle il n’existe pas de Dette sans de Créance, parce qu’une ne peut exister sans l’autre, et réciproquement, c’est bien beau, c’est peut-être vrai pour un comptable, mais qu’en l’occurrence « cela n’a rien avec voir avec la question », car à sa connaissance, laquelle n’est autre que « La connaissance universelle », la seule connaissance possible donc, autant la notion de « Dette originelle » est inévitable, indiscutable, et définitivement établie en Théologie comme en Morale, autant il n’est jamais fait mention, dans les Ecritures, dans l’Eglise ou dans les caves du Vatican, de l’existence d’une « Créance originelle » ! Echec et mat.

Et s’il vous prend l’étrange idée d’accepter ce raisonnement, d’en admettre les détours ainsi que la conclusion (peut-être, par crainte du bûcher ou de l’excommunication- très « à la mode », ces temps-ci, l’excommunication, du côté du Vatican), s’il vous prend donc l’envie de montrer que vous avez tout compris, et en plus de faire du zèle (ça ne coûte rien et cela peut rapporter gros, le zèle), en posant la question de savoir s’il faut faire remonter, pour chacun d’entre nous, la « Dette originelle » à notre date de naissance, ou plutôt à l’instant de notre conception, car il vous semble que c’est très important, sur un plan théologique bien sûr, mais aussi et notamment, pour le calcul des intérêts, vous n’aurez jamais la réponse, car vous serez déjà dans le Palatino, wagon deuxième classe, compartiment fumeur, côté fenêtre, quelque part entre Rome et Paris.

Toute cette histoire paraît bien étrange, surréaliste, déconnectée de toute « réalité », ou de la « vie de tous les jours ». Mais est-si sûr ?
Car rappelez-vous, il s’agissait seulement de dire qu’il n’y a jamais, dans une Economie, de Dette(s) sans Créance(s). Que cette évidence est vraie pour une dette individuelle. Qu’elle est vraie aussi pour la dette d’une entreprise. Et qu’on voit mal alors pourquoi elle ne serait pas vraie pour la « Dette publique », aussi !

Et pourtant, dans les medias et autres débats politiques, on ne nous parle que de la « Dette publique », son niveau insupportable, son aberration, son « scandale ». Mais il est bien rare qu’on nous dise que s’il existe, en France, une « Dette publique » ne serait-ce que d’un centime d’euro, il y a alors, forcément, en France ou ailleurs, une ou plusieurs personnes (individus, banques, compagnies d’assurances, un autre Etat pourquoi pas) qui ont prêté ce centime d’euro à l’Etat français, et qui possèdent donc, en contrepartie, une Créance sur ledit Etat d’un montant total de un centime d’euro, et qu’elles sont bien contentes, finalement, toutes ces personnes, chaque année, de percevoir les intérêts auxquels elles ont Droit, en tant que détenteurs de cette « Créance publique » !

Si bien que si demain vous allumez votre poste de radio ou votre téléviseur, ou ouvrez votre journal préféré, et que vous entendez ou lisez Titi Maris ou Gros Sylvestre, Arlette Chabaud ou Jean-Mimi Apathie, François Bayrou, Ségolène Royal ou le gentil Xavier Bertrand, évoquer, à propos de la France, l’existence d’une « Créance publique » de 1 200 milliards d’euros, cela vous fera probablement le même effet que si vous appreniez que des Martiens viennent de démarquer en France (dans la Creuse, probablement, car vu depuis Mars, c’est encore plus beau, la Creuse). Et pourtant, parler d’une « Créance publique de 1 200 milliards d’euros » c’est exactement la même chose que de parler d’une « Dette publique de 1 200 milliards d’euros », puis qu’il n’existe pas de Dette(s) sans Créance(s).

La conclusion à tirer de tout cela est que sur cette question de la « Dette publique », c’est tous les jours « Vatican », à la radio, à la télévision, et dans les journaux. Et que le message subliminal que l’on fait passer ainsi, consciemment ou non, par cette vision tronquée de la « Dette publique », c’est que décidément, « le Mal est parmi nous » !!!

Bien sûr, tout cela ne veut pas dire que toutes les dettes « se valent », et que la « Dette publique », en particulier, ne peut jamais poser de problème à un pays. Pour comprendre les enjeux de la « Dette publique », il est nécessaire de poser d’autres questions : Qui sont les créanciers ? Jusqu’où continueront-ils d’accepter de prêter ? A quoi la « Dette publique » est-elle utilisée ? Existe-il une limite au-delà de laquelle la « Dette publique » deviendrait impossible à rembourser ? Par exemple.

Mais ce qu’il faut retenir de tout ce qui précède, c’est qu’il ne sert à rien de discuter de la « Dette publique », comme d’ailleurs de beaucoup d’autres questions économiques dès lors qu’elles se posent au niveau d’un pays ou d’un ensemble de pays, voire de l’économie mondiale tout entière, il ne sert à rien de discuter si l’on oublie l’autre « moitié des choses », « l’autre face de la pièce », et ici, si l’on oublie qu’il n’y a, dans une économie, « jamais de Dette(s) sans Créance(s) », de même qu’il n’y a pas « jamais de Créance(s) sans Dette(s) », pour cette simple raison que le contraire est impossible.

Quand donc vous entendez parler de la « Dette publique » française de 1 200 milliards d’euros et des 50 milliards d’intérêts qu’elle « coûte » au contribuable, ayez le réflexe de vous dire qu’il y a forcément, en contrepartie, un ensemble de personnes (d’autres Etats, des banques, des compagnies d’assurances, des entreprises, et à l’arrivée, des particuliers) qui, dans ce bas monde, se partagent une « Créance sur l’Etat français » (c'est l'expression officielle, on ne dit pas « Créance publique », normalement ) d’un montant forcément équivalent (1 200 milliards d’euros), et qui se partagent aussi, en conséquence, sur l’année, les 50 milliards d’euros correspondant aux intérêts payés par l’Etat français au titre de sa Dette.
Vous verrez alors que s’il est certain que par les impôts que vous payez dans l’année vous êtes amenés à contribuer au financement de la « Dette publique » (remboursement du « Principal » et paiement des intérêts), il se peut aussi que vous-mêmes fassiez partie des ses « heureux bénéficiaires », ceux qui « empochent », chaque année, les intérêts associés à la « Dette publique » et versés par l’Etat. Il suffit pour cela que vous fassiez partie de l’ensemble des personnes qui possèdent une partie de la « Créance Publique », laquelle existe forcément, dès lors qu’une « Dette publique » existe.

Maintenant, il est des Dettes, et ce sont les plus « chères », qu’on ne pourra de toute façon jamais rembourser, et dont on est bien content d'avoir « hérité ». N’en déplaise au Vatican, au Pape, et à son armée de cardinaux.

14 commentaires:

pock a dit…

On a donc d'un coté la dette publique, d'un autre coté la créance publique.

Donc en supposant que l'état n'emprunte qu'aux français (est-ce bien vrai ?). On a, d'un côté, "tous" les français qui doivent de l'argent, de l'autre coté, à "quelques" français.

La dette publique ça reste donc une majorité de gens qui donnent chaque année de l'argent (sous forme d'intérêt) à une minorité de gens. Si ce n'est pas gravissime d'un point de vue économique, c'est tout de même un facteur d'inégalités.

serenis cornelius a dit…

Pock: Tout ce que vous dites est parfaitement exact.
Certains vous constesteront l'emploi du mot "inégalités", mais sur le constat que vous faites il n'y a rien a redire et à la place du "mot" inégalité", si vous mettez "redistribution du revenu national", vous redevenez "politiquement correct" (si tel est votre souhait, bien sûr").
Cela dit, 50% environ de la "Dette publique" française est détenue par des "étrangers". Mais il y aussi, symétriquement, des Français qui détiennent des "Créances publiques" (on se comprend) étrangères. Je n'ai pas en tête l'ordre de grandeur exact du solde. J'aurai l'occasion d'y revenir dans de futurs billets. Sinon, cela doit se trouver assez facilement sur Internet.

Le robet a dit…

Serenis, vous avez un culot incroyable: Rappeler à tous ces gens qui font la profession de penser et de briller dans les medias, que Mr de La Palisse est intraitable. Qu'il est la pierre de touche du plus bas niveau où commence l'intelligence. Et qu'en dessous, c'est la place de l'idiotie ou de la tromperie ou de l'idéologie.

Rappeler qu'il ne peut y avoir de dette sans créance, du même montant et de sens opposé, c'est à la fois l'énoncé le plus simple possible et déjà un tres grand levier pour déceler les mensonges des idéologies. Avec ce petit outil, vous levez déjà un troupeau d'éléphants, même universitaires, qui trompent énormément et médiatiquement.

Habituellement , les "gens biens" qui causent dans les medias ne font pas appel à Mr de Lapalisse et n'ont surtout pas le culot du petit enfant pour dire que le roi est nu.
Vous auriez une âme d'enfant?

En poussant cette lapallisade, ce qui est vrai pour une créance l'est aussi pour toutes : "L'ensemble des créances est égal à l'ensemble des dettes, mais de montant opposé". Et donc prises ensemble, c'est zéro. A y réfléchir, c'est un peu déstabilisant, inhabituel comme réflexion et pourtant solide.

D'autant que l'argent moderne, n'est fait que de créances et de dettes... Et donc, prises ensemble, c'est zéro..., ce qui redonne à réfléchir sur la nature de l'argent..., comme réserve de valeur...pris globalement.

Au fond, y'a pas de honte à s'appuyer sur La Palisse. La géométrie du plan ne fait guère mieux, quand elle commence par dire, qu'entre deux points, la distance la plus courte est une ligne droite. Et pourtant que de développements solides s'ensuivent.

Vive La Palisse qui donne des bases solides. Et avec humour, on dira de lui :

"La Palisse eut peu de bien
Pour soutenir sa naissance,
Mais il ne manqua de rien
Dès qu’il fut dans l’abondance"

Continuez avec les bases B.A BA.
A chaque fois, vous Creusez des fondations solides. Elle est belle cette rivière et déblaye des amas de conneries alluviales.

serenis cornelius a dit…

Le Robet: Je suis effectivement convaincu que le progrès dans quelque domaine que ce soit passe par un retour et un travail périodique sur "les bases". Que l'on peut s'illusionner soi-même par une érudition factice et être passé à côté de l'essentiel (je parle en connaissance de cause, étant passé par là, et pas très sûr d'en être sorti). D'où ce blog qui tente d'aller dans ce sens : des choses "simples" et accessibles à tous, mais qui permettent ensuite de construire des raisonnements plus complexes non fondés sur des sables mouvants, et surtout, qui permettent au moins de ne pas se laisser "raconter d'histoires". Quand on voit la simplicité des idées qui sont venues à l'esprit des très grands économistes et qui leur ont permis d'élaborer une pensée complexe et cohérente, cela rend humble. Quand on voit tous les manuels modernes qui font comme si les grand débats des années trente étaient réglés une fois pour toutes, en somme comme s'ils n'avaient pas eu lieu, cela perturbe. Et quand on voit, ces temps-ci, des Nobels s'étriper sur des éléments d'un programme de première année d'université, voire de lycée, cela rassure.
Ajoutez à cela le rabachage médiatique d'inepties hallucinantes, et l'on se dit que le rappel des bases n'est pas inutile.
En bref, nous sommes d'accord.

Passant a dit…

à l'évidence, vous avez foi en ce que vous enseignez.

Puisqu'on ne pourra pas vous empêcher de continuer, permettez-moi, fort égoïstement, d'en tirer profit, au détriment de ceux qui vous écouteront.

serenis cornelius a dit…

Passant: J'ai beaucoup de mal à comprendre ce que vous voulez dire.

Passant a dit…

C'est assez simple : votre présentation des faits me semble tronquée et je suppose de surcroit que vous en êtes parfaitement conscient.

Je ne peux pas vous empêcher de vous exprimer. Constatant que vous n'êtes pas le seul à tenir le discours que vous tenez, j'anticipe qu'une partie de vos lecteurs, par exemple, vos élèves prendront pour arguments finaux les arguments que vous déployez. Point dont, en individu rationnel, j'essaierai à titre personnel de profiter, puisque c'est quand même plus facile de se faire du fric comme ça qu'en bossant.

serenis cornelius a dit…

Passant: Je passe sur la tonalité de votre commentaire qui dépasse les limites de l'injure.
Si vous pouvez expliquer en quoi la présentation "des faits" est tronquée, cela fera avancer le débat, vu qu'apparemment, mis à part vous, tout le monde présente les choses de façon tronquée.
Sinon, puisque vous vous nommez Passant, et bien comme un Passant ça passe, Passez.

Lord of Aire a dit…

Bien répondu à Passant, Serenis! Passant a visiblement un problème avec le langage. Comme cela est bien expliqué dans le billet, il ne comprend pas que le prêt est une relation entre deux individus - qui peuvent être des groupes - qui transforme l'un en créancier et l'autre en débiteur. C'est parce que l'on a affaire à une relation que créancier et débiteur, créance et dette, vont nécessairement ensemble. Il faut avoir quelque chose de tronqué dans le cerveau pour ne pas comprendre quelque chose de si simple, ainsi que les conséquences que l'on en déduit, exposées dans le billet. La science économique est affaire de langage, qui lui-même est affaire de conventions sur le sens des mots. Le grand intérêt du blog est qu'il consiste, au fond, en l'analyse du langage économique jusqu'à son niveau le plus élémentaire, d'où résulte sa grande clarté, mais aussi son caractère scientifique.

der Maßstab a dit…

@ Passant : si par hasard, sans mauvais jeu de mots, vous repassez sur ce blog, sachez que dire qu'à une dette correspond obligatoirement une créance et vice-versa est uniquement une égalité comptable. Dire l'inverse, c'est tout simplement ne pas savoir compter. Je vous invite à reprendre vos cahiers de maternelle à la partie sur l'addition et la soustraction.

@ serenis cornelius : je me pose la même question que Le robet : tout l'argent qui circule est issu de prêts car l'argent est crée lors d'opérations de crédit (à moins que je n'oublie quelque chose...). Où se situe le "vrai argent", celui qui serait acquis pour de bon, qui ne devrait pas être remboursé à quelqu'un ?

serenis cornelius a dit…

Der Masstab : En toute logique, l'argent qui existe à tout moment, comme vous dites, n'est que le solde "temporaire", provisoire donc, de ce qui a été créé et détruit. C'est comme l'image qui se fige et vous apparaît, un "instantané" en quelque sorte, quand vous faites "pause" en visionnant un film.

der Maßstab a dit…

Merci pour votre réponse claire, nette et précise ! C'est une vraie révélation pour moi de comprendre que l'argent n'est que "temporaire".

Anonyme a dit…

pardonnez mon ignorance
si dette => créance

expliquez moi comment un pays endetté peut sauver son créancier ??(càd une banque)
De qui se moque t'on ?

serenis cornelius a dit…

Anonyme: Très bonne question !
Première solution : l'Etat achète la banque (recapitalisation qui de fait revient à une nationalisation définitive ou temporaire).
Deuxième solution : l'Etat prête à son tour à la banque.
Dans les deux cas la question est : Comment ? Avec quelles ressources financières?
Première solution : s'il en a la possibilité, l'Etat accorde directement un prêt à la banque via un crédit de sa Banque Centrale. Il y alors une création de monnaie nouvelle (possibilité qui de fait est interdite par les Traités Européens).
Deuxième solution : l'Etat consacre une partie de ses ressources à cette opération (ce qui veut dire que c'est autant qu'il ne pourrra affecter à autre chose et qu'il devra donc réduire une partie de ses autres dépenses).
Troisième solution : l'Etat s'endette de nouveau en empruntant sur les marchés, ce qui suppose qu'il trouvera "quelqu'un" qui accepte de lui prêter.
Ces trois solutions ont toutes leurs avantages et leurs inconvénients.
Cela dit, pour être clair, le principe selon lequel il n'y a pas de dettes sans créances (et réciproquement) est d'abord une réalité comptable. Il ne faut pas en déduire que l'on peut faire n'importe quoi et que des dettes (donc des créances) peuvent s'accumuler à l'infini sans qu'il ne se passe rien.