dimanche 28 décembre 2008

Le coût réel d’un emprunt

Prêter de l’Argent à quelqu’un c’est, en vérité, lui prêter du Temps.
Lui prêter de l’Argent moyennant un taux d’intérêt, c’est donc lui vendre du Temps.
Or le Temps appartient à Dieu.
Conclusion : Prêter avec intérêt, c’est Voler Dieu !
Conséquence : Le prêt c’est Bien. Le prêt à intérêt c’est Mal.
Conséquence de la Conséquence : Tout prêt à intérêt conduira son auteur en Enfer.

Justification théologique de l’interdiction du prêt à intérêt par l’Eglise Catholique jusqu’au XIVème siècle.
D’après Jacques Le Goff - La Bourse et la Vie - 1997



On imagine que la crise est passée. Que les banques sont redevenues raisonnables et qu’elles ont stoppé cette attitude stupide en période crise qui consiste à restreindre les crédits qu’elles accordent aux entreprises et aux ménages.
Vous-mêmes faites preuve d’un relatif optimisme qui vous pousse à vouloir acquérir un logement. Peu importent les raisons qui vous motivent, vous avez déjà effectué plusieurs visites et ça y est, vous avez trouvé l’appartement (ou la maison) de vos rêves. Seulement il vous va falloir emprunter, car vous ne disposez pas de la somme nécessaire pour financer, seul, cet investissement.

Vous avez donc pris rendez-vous avec le conseiller commercial de votre banque (« votre banquier »), lequel vous reçoit et, se levant de la chaise de bureau sur laquelle il était bien assis, vous tend la main et vous salue d’un grand et cordial :
« Bonjour ! Comment allez-vous ? »
A quoi vous lui répondez, normalement :
« Bonjour cher Monsieur. Ca va bien. Merci. », quoique le ton est un peu fébrile. Normal, vous êtes quand même anxieux : « Que va dire le banquier ? ».
La réponse ne tarde pas :
« J’ai longuement examiné votre dossier et j’ai une bonne nouvelle pour vous. Il ne devrait pas y avoir de problème ».
Ouf ! L’emprunt de 100 000 euros dont vous aviez absolument besoin a de grandes chances de vous être accordé.

Si le banquier est si rassurant, c’est qu’il a « longuement examiné votre dossier », comme il le dit si bien, et qu’il considère, au vu des informations dont il dispose, que vous êtes un client fiable, crédible, solvable, bref digne de confiance et que, statistiquement parlant, vous devriez rembourser sans difficulté le crédit de 100 000 euros que la banque va vous octroyer.

L’information principale sur laquelle le banquier s’appuie, pour prendre la décision de vous prêter ou de ne pas vous prêter la somme que vous demandez, repose sur un calcul très simple : la comparaison entre ce que vous gagnez chaque mois et le montant total des remboursements mensuels associés à l’ensemble des crédits que vous aurez contractés (On peut, bien évidemment, raisonner sur des montants annuels).

En France, la Règle est claire : le montant total de ce que vous rembourserez ne doit pas dépasser 33% de votre revenu mensuel.

Pourquoi 33% ?

Parce que dans l’inconscient des banquiers français, on se souvient que le Christ est, dit-on, mort à 33 ans, marquant là une limite infranchissable aux capacités d’emprunteurs, mortels eux-aussi, et qui plus est originellement pêcheurs ?
Si c’était le cas, ce même ratio de 33% devrait se retrouver dans tous les pays empreints de l’Histoire et de la Morale Christique. Or le même ratio ne se retrouve pas dans tous les pays où l’inconscient (souvent le conscient tout court) des banquiers est empreint de l’Histoire et de la Morale Christique, comme aux Etats-Unis, ou en Grande-Bretagne.
De même, si c'était le cas, quid si le Christ était mort à 120 ans ?

Non, la raison de ces 33% est plus terre-à-terre : c’est que nos savants banquiers ont calculé, à force d’additions, de soustractions, de multiplications et de divisions, de calculs de pourcentages divers et de savantes règles de trois (Monsieur Darcos a dû, dans une vie antérieure, ne pas être banquier), que 33%, cela leur garantit, en moyenne, qu’ils seront remboursés, du principal, et des intérêts.

En pratique, cela veut dire que si vous êtes un couple marié, et que votre salaire net est de 1 500 euros par mois chacun (1 500 euros, c’est actuellement le salaire net médian en France), votre banque vous accordera un crédit à condition que le total de vos remboursements mensuels ne dépasse pas, chaque mois, 33% de 3 000 euros, soit 990 euros.

Notez bien que ce calcul se fait sur la base de votre salaire net.
Notez aussi que dans les 33%, votre banquier comptera tous les remboursements que vous devrez effectuer chaque mois, pas seulement le remboursement du prêt qu’il est en train de vous accorder pour un logement, mais aussi d’éventuels remboursements en cours, sur votre voiture, votre cuisine AEKI, votre téléviseur LCD, ou encore les croquettes de votre chat.

Dans notre exemple, si au moment où vous négociez avec votre banquier le montant d’un crédit immobilier, et si vous n’avez par ailleurs aucun autre crédit en cours (sur la voiture, la cuisine, etc.), sur la base d’un revenu de 3 000 euros nets mensuels, il vous accordera un prêt d’un montant total tel que vos remboursements mensuels n’excéderont pas 990 euros (Un banquier compréhensif, bon et généreux à la fois, pourra aller jusqu’à 1 000 euros, faisant ainsi un « geste commercial », c’est-à-dire un effort qui pour lui n’est pas vraiment un effort tout en étant un effort quand même).

La question de savoir, ensuite, combien la banque va vous prêter, dépendra principalement de la durée de l’emprunt, c’est-à-dire du nombre d’années pendant lesquelles vous allez être endetté : 5, 10, 20 ans, voire davantage. Pour en savoir plus, voire pour une simulation, allez par exemple ici (Ce n’est pas le pub ! C’est simplement que c’est remarquablement bien fait).

« - Je disais donc que votre dossier est très bon. Il n’y a aucun problème pour le prêt de 100 000 euros sur 15 ans que vous sollicitez. Vous pourriez même emprunter davantage, ou allonger la durée du prêt. Mais cela n'a pas l'air de vous intéresser. Souhaitez-vous, par contre, prendre une assurance sur ce crédit ?
- Une assurance, mais pour quoi faire ?
- C’est important. Si l’un d’entre vous perd son emploi, les mensualités seront suspendues tant qu’il sera au chômage. Et si l’un d’entre vous décède, en prenant une assurance, son conjoint est libéré du prêt, ce qui veut dire que l’appartement lui est définitivement acquis et qu’il n’a plus rien à rembourser.
-Même s’il meurt l’année prochaine ?
-Même s’il meurt l’année prochaine. Ceci dit, je ne vous pousse pas au crime, bien sûr…
- Qu’en penses-tu ma chérie, c’est intéressant non ?
- Je ne sais pas.
- Pense à notre bébé. On ne sait jamais. Il serait en sécurité, et toi aussi, s’il m’arrivait…
- Peut-être, mais je…
- Excusez-moi de vous couper chère madame, et loin de moi l’idée de vous forcer la main. Je comprends que le sujet n’est pas joyeux. Mais je vous conseille fortement de prendre cette assurance. Comme l’a dit votre époux : On ne sait jamais. Cela ne vous coûtera pas grand-chose. Je dirai même plus, ce sera, chaque mois, à peine quelques euros supplémentaires.
- Combien exactement ?
- Sans assurance, le taux d’intérêt annuel de votre emprunt serait de 4,65%. Si vous ajoutez une assurance, c’est 0,35% de plus, soit un taux effectif global de 5%. Vous voyez, cela ne fait pas une grosse différence.
- C’est ça le TEG ? Le taux effectif global ?
- Parfaitement. C’est le coût total de l’emprunt : le taux d’intérêt auquel on ajoute les assurances.
- Franchement, ma chérie, cela vaut la peine, non ?
- Effectivement, 0,35% ce n’est pas beaucoup.
- Alors d’accord, nous prenons l’assurance.
- Fort bien. Vous ne le regretterez pas (Décidemment ce banquier est plein d’humour). Dans ce cas, nous partons donc sur un emprunt de 100 000 euros sur 15 ans, à un taux d’intérêt effectif de 5%. Nous sommes bien d’accord ?
- D’accord.
- Très bien. Veuillez signer ici, ici, et ici, encore une petite signature ici s’il vous plaît, et, j’ai failli oublier, j'en suis désolé, ici aussi

Je passe quelques détails pratiques comme le fait que votre dossier va « remonter » à la direction de la banque pour approbation définitive, et qu’il vous faudra attendre quelques jours ou quelques semaines pour véritablement obtenir le prêt. Peu importe.
Je passe aussi, ce qui est plus grave, le fait que 0,35% sur 15 ans appliqué à une somme de 100 000 euros ce n’est pas, au total, négligeable, loin de là !

En revanche, la question est de savoir si en signant pour un crédit assorti d’un taux d’intérêt de 5% par an, le coût de ce crédit est réellement, pour vous, de 5%.

La réponse est claire : Non !

Le raisonnement qui permet de calculer le coût réel d’un emprunt est simple. C’est le même que celui qui vous permet de savoir si, quand le salaire qui figure sur votre feuille de paye (votre « salaire nominal ») augmente, votre pouvoir d’achat (votre « salaire réel ») augmente lui aussi.

Le fond du problème est toujours le même : la valeur de l’euro varie dans le temps. Un euro aujourd’hui ne vaut pas un euro d’hier ou un euro de demain tout simplement parce qu’entre hier, aujourd’hui, et demain, les prix des biens et des services que vous achetez changent, et, en règle générale, augmentent. En bref, il vous faut toujours prendre en compte l’inflation, c’est-à-dire la hausse des prix des biens de consommation.

C’est ainsi que si nous prenons le montant de l’intérêt annuel de votre prêt de 100 000 euros sur 15 ans à 5%. A la fin de la première année vous allez payer, au titre de l’intérêt, 5% de 100 000 soit 5 000 euros. Mais s’il y a eu, par exemple, 3% d’inflation sur l’année, les 5 000 euros que vous verserez à votre banque auront perdu en valeur, en pouvoir d’achat, et cette perte de valeur de l’Euro sera exactement de 3%.
Ce que vous verserez à la banque au titre des intérêts de l’année, en réalité ce n’est pas 5 000 euros, mais 5 000 euros « moins » 3% de 5 000 (en toute rigueur, le calcul est 5 000/1,03), soit 4 850 euros. L’inflation de 3% sur l’année vous a fait donc « gagner » 150 euros.

Ce sera la même chose chaque année, pendant 15 ans. Et cela s’applique non seulement aux intérêts, mais également, bien sûr, à la fraction de votre mensualité qui correspondra au remboursement du prêt en tant que tel, les 100 000 euros.

On débouche alors sur ce résultat bien connu des économistes : l’inflation avantage les emprunteurs, puisqu’ils remboursent, et le principal, et l’intérêt, en une monnaie qui s’est dépréciée, qui a perdu de la valeur, de son pouvoir d’achat.

Quand donc le banquier vous fait signer un contrat de crédit mentionnant un taux d’intérêt de 5%, ce taux de 5% c’est ce qu’on appelle le « taux d’intérêt nominal ». Celui-ci ne mesure absolument pas le coût réel de l’emprunt que vous venez de contracter. Il faut, pour se faire une idée de ce coût réel, prendre en compte la hausse des prix, l’inflation, et calculer ce qu’on appelle le « taux d’intérêt réel ».

Une formule pratique permet de le faire de façon rapide et approximative. C’est la « formule de Fisher », du nom du grand économiste américain Irving Fisher (1867-1947) :

Taux d’intérêt réel = Taux d’intérêt nominal ‑ Taux d’inflation.

Dans notre exemple, avec un « taux d’intérêt nominal » de 5% et un taux d’inflation annuel de 3%, le « taux d’intérêt réel » de l’emprunt est donc de 5% ‑ 3% = 2%.

Il est rare que votre banquier vous le dise, ce qui est étonnant, car c’est pour lui un solide argument commercial. Peu importe. Pensez-y, si demain vous devez vous endetter, et calculez le « taux d’intérêt réel » de votre crédit, le coût réel de votre emprunt, en appliquant la formule de Fisher.

Quelques remarques et autres précisions

Pour ceux qui ont des crédits en cours, il n'y a pas de problème : la formule de Fisher leur permet de calculer facilement, chaque année, leur « taux d’intérêt réel », le coût réel de leur emprunt. Il leur suffit, pour cela, de prendre en compte le « taux d’intérêt nominal » de leur crédit et de lui soustraire le taux d’inflation de l’année, lequel est systématiquement et massivement diffusé par les medias.

En revanche, si aujourd'hui ou demain vous signez avec votre banquier un contrat portant sur un crédit sur quinze ou vingt ans, le problème est que vous connaissez le « taux d’intérêt nominal » (puisque c’est celui qui figure dans le contrat), mais vous ne connaissez pas les taux d’inflation annuels des quinze ou vingt années à venir. Difficile donc de calculer le « taux d’intérêt réel » futur pour les quinze ou vingt années suivantes.
Rassurez-vous, vous ne serez pas seul ! Personne ne peut prétendre savoir quel sera le taux d’inflation exact dans 10 ans, en France par exemple, hormis peut-être Elisabeth Tessier, surtout depuis qu’elle est Docteur, « doctoralement Docteur », de la Sorbonne, depuis le 7 avril 2001, jour où elle a présenté avec succès une thèse de Doctorat de Sociologie intitulée : « Situation épistémologique de l'astrologie à travers l'ambivalence fascination-rejet dans les sociétés postmodernes ». Pas clair ? Explications ici.

Un moyen cependant de « mettre un chiffre » relatif au taux d’inflation annuel dans la formule de Fisher est de se fier à la Banque Centrale Européenne (la BCE). En effet, depuis sa mise en place en 1999, la BCE a pour mission, précisément, de maintenir un taux d’inflation faible dans l’UEM (Union Economique et Monétaire : ensemble des pays qui ont adopté l’euro).
Plus précisément, la BCE est officiellement engagée à faire en sorte que l’inflation ne dépasse pas 2% par an. Cette mission et ce taux maximum de 2% sont gravés dans le marbre des Traités européens, ce qui garantit, normalement, que le taux d'inflation sera au maximum de l'ordre de 2% par an dans le futur. En effet, pour modifier ce statut et ce rôle de la BCE, et éventuellement aussi cette limite des 2% d'inflation annuelle, il faudrait un vote à l’unanimité des 27 chefs d’Etats de l’Union Européenne, et ce genre d’unanimité, ce n’est pas pour demain…

Au total, le jour où vous contracterez un crédit, vous pourrez calculer votre « taux d’intérêt réel » en posant, dans la formule de Fisher, un taux d’inflation annuel de 2%. C’est mieux que rien.

De toutes façons, le taux d’inflation futur ne pourra pas être très inférieur à 2% par an, puisqu’au pire il descendra à 0% (sauf grave et durable déflation, quand les prix baissent et que le taux d’inflation est négatif).
Et si, en revanche, le taux d’inflation devait passer au dessus des 2%, la Banque Centrale Européenne fera certes tout son possible pour contenir cette hausse, mais si elle n’y arrive pas, le taux d’inflation en Europe a quand même peu de chance de dépasser, dans l’avenir, disons 10% par an et, finalement, en tant qu’emprunteur cela fera votre affaire, car plus le taux d’inflation augmentera (sans aller jusqu’à l’hyperinflation quand même, officiellement définie par un taux d’inflation annuel de 50%), plus le « taux d’intérêt réel », plus le coût réel de votre emprunt sera faible.

Notez qu’il se peut même qu’un « taux d’intérêt réel » devienne négatif ! C’est a priori étrange, voire absurde, mais d’une logique implacable.
Soit un emprunt sur 10 ans à un « taux d’intérêt nominal » annuel de 3,5%. Supposons qu’à un moment donné le taux d’inflation annuel dépasse 3,5% pour atteindre par exemple 4,5%. On applique la formule de Fisher :
Taux d’intérêt réel = 3,5% ‑ 4% = ‑1%.
Le taux réel est bien négatif.
Vous « gagnez de l’argent » grâce à votre emprunt !

Notez enfin que la déflation (dont on parle beaucoup dans les medias à l’heure actuelle) étant le strict contraire de l’inflation, les grands perdants d’une déflation sont bel et bien les emprunteurs (Ménages, Entreprises, Etats). La formule de Fisher le montre clairement, puisqu’en cas de déflation, il faudra calculer le « taux d’intérêt réel » avec, dans la formule, un taux d’inflation négatif.
Soit un emprunt à un « taux d’intérêt nominal » annuel de 3,5%. Si le taux d’inflation devient négatif et passe, par exemple, à ‑1%, on aura :
Taux d’intérêt réel = 3,5%% ‑ (‑1%) = 3,5% + 1% = 4,5%.
Pour l’emprunteur qui a signé un contrat de crédit à 3,5%, le coût réel de l’emprunt est alors de 4,5%.

Signalons pour conclure qu’à l’inverse, pour celui qui épargne, et place son épargne à un certain « taux d’intérêt nominal », la formule de Fisher lui permet de calculer ce que lui rapporte réellement son placement.
Il s’apercevra alors qu’à l’inverse des emprunteurs, il a tout intérêt à ce que l’inflation baisse dans le futur, car alors le « taux d’intérêt réel » augmentera. Or de son point de vue d’épargnant, le « taux d’intérêt réel » mesure ce que lui rapporte réellement son épargne.

L’inflation pénalise les épargnants, les prêteurs. Et ce que les épargnants, les prêteurs, « perdent » en période d’inflation, c’est exactement ce que « gagnent » ceux qui s’endettent, les emprunteurs.

Bon, un peu de poésie de ce monde de brutes. Cela ne fera de mal à personne.

6 commentaires:

Laurent GUERBY a dit…

Pour continuer mon auto promotion :) voila un billet sur l'inflation et transparence.

L'inflation est une donnée agrégée et le chiffre vécu par chaque ménage est bien différent. Or une opacité non justifiée de l'appareil statistique nous empêche d'acceder aux données détaillées de prix et ajustement qualité, au final le débat public est une caricature avec tous les deux ans un nouveau panier sur le site des ministères alors qu'une solution plus simple et plus économiquement efficace existe : publier les données détaillées (comme le fait Leclerc).

serenis cornelius a dit…

Laurent: J'ai spontanément tendance à faire confiance à l'Insee, y compris pour leur chiffrage de l'inflation. D'où la prise en compte d'un taux d'inflation de l'ordre de 2% dans l'estimation du taux d'intérêt réel, car il faut bien, en pratique, "mettre" un chiffre dans la formule.
La critique du mode actuel de calcul d'un taux d'inflation "agrégée" se comprend (d'autant plus si l'on raisonne avec l'IPCH de la BCE). Mais poussée à l'extrême elle débouche sur l'idée que finalement chacun devrait connaître son propre taux d'inflation. L'Insee propose d'ailleurs sur son site un outil permettant à quiconque le souhaite de la faire. Mais on pourra aussi le contester. D'où à l'arrivée une solution radicale : chaque individu conserve des "tickets de caisse", et mois après mois, années après années, sur la base de son propre indice des prix, il calcule ses variations.

Laurent GUERBY a dit…

C'est une question d'efficacité de la dépense publique, pas une question de confiance ou pas confiance (chacun est libre d'avoir une religion en France :).

Au passage, les tickets de caisse ça ne marche que si tu ne déménage jamais or en moyenne on déménage tous les 7 ans. Quels seront les prix de mon panier dans la nouvelle région ? Et si je change ? Comment cela a évolué ?

Le contribuable paie 100% des couts pour faire les relevés et pour évaluer la qualité des produits dans le temps, via le financement des salaires et dépenses de l'INSEE.

En sortie, il n'a rien d'utile et une grosse quantité de débats stériles. Et l'INSEE gaspille de l'argent a pondre des paniers plus inutiles les uns que les autres chaque fois que le sujet passe au 20h a la télé.

Comme je le montre dans mon billet il n'y a aucune raison de ne pas publier les données détaillées de l'INSEE (prix et qualité). Ca coutera moins cher que les multiples paniers et leur interface web, et cela rendra un énorme service aux contribuables dans leur vie.

Tout le monde y gagnera, et la qualité du débat public s'elevera de l'ornière profonde dans laquelle il reste actuellement.

Qu'en pensez vous ?

Pourquoi ne pas publier le détaillé ?

serenis cornelius a dit…

Laurent: Globalement d'accord. Mais sur l'élévation de la qualité des débats publics que permettrait la seule production de chiffres précis et de qualité sur les prix, mais aussi sur l'emploi, les revenus ou les comptes publics, je suis, malheureusement, plutôt sceptique. J'espère cependant que les blogs y contribuent malgré tout, un peu.

Yannick a dit…

J'aime beaucoup la citation en ouverture du billet ! D'après ce que j'ai pu voir, il y a un grand nombre de gens qui pensent que la crise est due au prêt à intérêts !! Notamment à cause d'une vidéo qui circule (décortiquée il y a longtemps dans une émission de "C dans l'air") en véhiculant l'idée d'un "vaste complot mondial" des banquiers.

Pour la question des chiffres de l'INSEE, je pense que le problème est mal posé. L'évaluation du niveau d'inflation au niveau macroéconomique (c'est-à-dire un niveau d'inflation "moyen" compte tenu de ce que consomment les français) est indispensable pour effectuer des études sur longue période (par exemple, j'aime bien épater les gens en leur disant que le prix des produits alimentaires est passé d'un indice 175 à un indice 100 de 1975 au début du XXIème siècle).

Si la question est plutôt de savoir comment évoluent les prix des produits que vous achetez, la technique du ticket de caisse me parait être la plus appropriée, même en cas de déménagement (il suffit de voir si la plaquette de beurre dans le nouveau supermarché coûte plus chère que dans l'ancien supermarché).

J'ai le sentiments que certaines personnes cherchent avant tout à savoir qui sont les "méchants" producteurs qui augmentent leurs prix par cupidité. Bernard Salanié rappelle au début de son livre "L'économie sans tabou" que le niveau des prix dépend de l'offre et de la demande en situation de concurrence parfaite (qui fait cruellement défaut en France, cf. l'échec des lois Galland et Raffarin) et de l'élasticité de la demande en concurrence imparfaite.

De plus, Bryan Caplan pose la question suivante dans "The myth of the rationnal voter" : si c'est la cupidité qui pousse les prix à la hausse, comment expliquer les baisses de prix ?

serenis cornelius a dit…

Yannick: Rendons à César ce qui est à César. La citation en début de billet n'est pas une véritable citation. Je me suis permis de "résumer" les arguments de Le Goff sous la forme de ce sophisme.
Quant à la vidéo que vous évoquez, nous sommes d'accord. C'est le Da Vinci Code version monétaire, avec en plus, à la base, un oubli énorme : on y parle que de la création de monnaie, jamais de sa destruction. D'où un biais pour le lecteur non averti qui doit se dire qu'empilés les uns sur les autres, les signes monétaires créés par les banques depuis qu'elles existent permettraient de créer une formidable pyramide, une montagne gigantesque, qui, si on l'escaladait, permettrait de se retrouver, au minimum, sur la Lune. Et de prier pour que surtout, elle ne s'effondre pas, car là, c'est "carrément Le ciel qui nous tomberait sur la tête !".