Comment l’Allemagne a réinventé le STO
Nous sommes ici avec une intention précise : décider de la nature
exacte des Indiens. S’ils sont les descendants d’Adam et d’Eve, soumis au péché
originel, s’ils ont été rachetés par le sang du Christ, s’ils ont une âme
semblable à la nôtre, s’ils peuvent comme nous prétendre à la vie éternelle.
Jean-Claude Carrière - La controverse de Valladolid - 1992.
Une des conséquences majeures de
l’offensive lancée par Hitler contre l’URSS le 22 juin 1941 fut de transformer définitivement
l’économie allemande en économie de guerre, c'est-à-dire en une économie où
toutes les ressources disponibles allaient devoir être allouées à la production
pour la guerre. Cependant, la mobilisation d’un nombre sans cesse croissant de
soldats sur le front russe entraîna assez rapidement un effet somme toute
prévisible : la pénurie de main d’œuvre dans l’industrie. C’est pourquoi
les dirigeants allemands mobilisèrent tous les moyens possibles pour soit faire
travailler les peuples occupés pour le Reich, soit les faire venir en
Allemagne, de sorte à ce qu’ils fournissent la main d’œuvre nécessaire. Cette
mise à disposition des travailleurs étrangers concerna quasiment tous les pays
vaincus. Elle connut une tournure spécifique en France car ce pays fut le seul
où le gouvernement national en place à Vichy prit une part active à ces
transferts de main d’œuvre, dans le cadre de ce que l’on pourrait appeler une
« collaboration économique ».
En France, l’opération se déroula
en trois étapes. D’abord, dès 1941, la propagande, qui visait à attirer des
volontaires français dans les campagnes, les fermes et autres usines allemandes.
L’offre était attrayante compte tenu de la difficulté de l’emploi en France.
Puis, en particulier avec une décision prise le 22 juin 1942, on annonça que
l’Allemagne libèrerait 1 prisonnier agricole en échange de la venue dans les
usines allemandes de trois ouvriers spécialisés. On appela cela « La
relève ». Et l’on notera que la pénurie de travail dont souffrait l’économie
allemande était déjà, et c’est bien normal compte tenu du contexte, une pénurie
de travailleurs spécialisés. Et l’on notera aussi que ce marchandage étrange
pourrait assez facilement être « traduit » en termes modernes comme
une espèce de « taux de change réel ». Enfin, en raison du succès
pour le moins mitigé de « La relève », la troisième étape consista à
radicaliser la procédure. Le gouvernement Laval décréta la célèbre Loi du 16
mai 1943, laquelle instaura en France le Service
du Travail Obligatoire, dit aussi STO, dont l’objectif était de forcer la
main d’œuvre française à venir travailler en Allemagne.
Au total, ce furent environ 2
millions de travailleurs français qui travaillèrent en France pour l’occupant,
400 000 Français qui se portèrent volontaires pour aller travailler en
Allemagne, et environ 650 000 ouvriers français qui furent mobilisés dans
le cadre du STO.
C’était l’introduction.
Maintenant la suite, qui se déroule quelques 50 années plus tard, au tout début
des années 1990 en Allemagne. Il se trouve en effet que l’on vient de découvrir
un document étonnant dont il vaut
mieux que la presse internationale ne fasse pas trop écho tant les conséquences
de cette découverte pourraient être explosives.
Ce document, bizarrement rédigé
en Anglais, est le compte-rendu d’une réunion secrète qui se serait tenue à
Berlin le 18 juin 1990 (le lieu exact n’est pas indiqué mais on connait l’heure
du début de la réunion). S’y trouvaient les plus hauts responsables de la
classe politique allemande ainsi que l’élite économique de ce pays, dont, bien
sûr, le Président de la
Bundesbank (la Banque
Centrale allemande), les représentants des grandes banques
commerciales et les patrons des très grandes entreprises tous secteurs
confondus. Malheureusement le document ne comporte pas les noms des différents
intervenants. En revanche les positions avancées par les uns et les autres sont
retranscrites avec une fidélité rare qui donne à ce document une valeur
historique inestimable. C’est une partie de ce document que nous reproduisons
ici.
- Ce Mitterrand est complètement
fou. Nous proposer d’échanger notre réunification contre la mise en place d’une
monnaie unique en Europe ! Il se croit où ?
- Mitterrand se prend pour un
écrivain et un amoureux des Lettres. Il ne comprend rien à l’économie et
affiche d’ailleurs ouvertement qu’il n’en a rien à faire.
- Abandonner notre Mark !
Partager la même monnaie avec l’Espagne, l’Italie, la France …
- La Grèce !!! Ah Ah
Ah !
- Pourquoi pas Chypre
aussi ?
- AH AH AH AH AH !!!!
- Allons passons aux choses
sérieuses…
- Attendez…
- QUOI ?
- Réfléchissons un peu… Il y a
peut-être…
- Vous plaisantez ! Ce projet de
monnaie européenne est complètement débile. Il n’y a qu’un Français
mégalomaniaque pour avoir pareille idée.
- C’est vrai. Vous croyez que
notre peuple va accepter comme ça de perdre le symbole de sa puissance et de sa
prospérité économique.
- Surtout qu’ils sont déjà
nombreux chez nous, à l’Ouest, à ne pas digérer le choc de la réunification.
Alors si maintenant on parle de partager la même monnaie avec les pays du Club
Méditerranée, je ne vous dis pas l’émeute !
- AH AH AH !!! Les pays du
« Club Med » !!! Elle
est bonne celle-là.
- Je vous comprends. Mais écoutez-moi.
Cette monnaie unique… c’est peut-être notre chance.
- Ah ?
- Peut-être le moyen de sauver
notre pays de…
- Le sauver de quoi !?!
L’Allemagne est de loin l’économie la plus forte d’Europe. Notre monnaie est
une monnaie mondialement forte. Notre industrie est réputée dans le monde
entier. Nous avons éradiqué l’inflation…
- Certes. Mais cela, c’est une
vision à court terme. Si l’on se place
dans le long terme, la très longue durée… Tenez, si l’on se projette en 2050
par exemple…. Et ce n’est pas si loin 2050, non ? Vous savez comme moi que
notre pays est miné…
- QUOI ?
- Mais oui. Vous savez qu’au fond
notre société connait un énorme problème. Un problème qui pour l’instant ne
s’est pas pleinement révélé. Mais vous savez comme moi qu’à partir de
maintenant il va commencer à se manifester et que si rien n’est fait…
- A quoi pensez-vous ?
- La démographie bien sûr. Vous n’ignorez pas que notre pays est un
des pays dans le monde où le taux de fécondité est le plus bas, et qu’en
conséquence, si rien n’est fait, notre pays est inexorablement condamné à se
dépeupler. On parle d’une réduction de la population de l’ordre de 20% d’ici
2050 ! C’est terrible ! Car alors cela veut dire qu’on ne disposera
plus de la quantité de main d’œuvre nécessaire pour maintenir la croissance. Et
comme, bien sûr, la population va non seulement décliner mais aussi vieillir,
il faudra entretenir un nombre de vieux de plus en plus important avec une
population active potentiellement de moins en moins nombreuse ! Bref,
c’est la quadrature du cercle. Autrement dire l’impossibilité absolue. Et à
l’arrivée, immanquablement, le déclin de la Nation.
- D’accord, mais en quoi la
monnaie unique pourrait-elle constituer la solution ?
- C’est vrai ! Une monnaie
unique ça ne peut pas marcher. Pas maintenant en tous cas. C’est trop tôt. Les
conditions économiques de base requises pour qu’un tel projet soit viable sont
très loin d’être établies. Il suffit de voir les divergences entre notre
économie et celle de l’Italie et on comprend que c’est économiquement
impossible.
- Et comme c’est impossible, si
l’on force quand même, une fois en place le système sera ingérable.
- Il faudrait avancer d’abord
dans l’union politique, puis alors, mais alors seulement, pourquoi pas, passer
à l’unification monétaire. Mais ça, ce n’est pas demain la veille…
- Je suis d’accord. La moindre
crise fera tout exploser !
- Justement… C’est ça notre
chance. Il est clair que dans l’état
actuel des choses le projet est insensé et ne pourra conduire qu’à des crises
ingérables. Imaginez alors ce qui se passera. Tenez par exemple, prenez une
crise qui frapperait l’économie du sud de l’Europe et elle seule. Etant donné
que l’Europe n’aurait pas les moyens de la gérer. Etant donné que compte tenu
des Traités en place les pays concernés se verraient privés de nombre d’outils
dont dispose tout pays ayant encore sa monnaie : son taux de change, son
taux d’intérêt, ou encore sa politique budgétaire, ces pays connaîtront
forcément une très forte hausse de leur chômage, chez les jeunes comme chez les
vieux, et leur chômage touchera toutes les qualifications, donc aussi les
travailleurs moyennement voire très qualifiés. Et que vont-ils faire ces
chômeurs grecs, espagnols, Italiens, portugais, voire même français ?
- La Révolution.
- AH AH AH AH !!!!!!
- Non. Ce qu’ils vont faire, ils
vont tout simplement quitter leur pays, émigrer et venir chez nous, en
Allemagne. Car chez nous, le travail manquera. Vous avez lu comme moi le tout
dernier rapport confidentiel de la Bundensbank qui fait état des pénuries de main
d’œuvre que notre pays va connaître dès la première moitié du XXIème siècle. Tous les métiers sont concernés, plus
particulièrement les métiers qualifiés : ingénieurs, informaticiens,
électriciens, infirmiers, conducteurs de trains, même des médecins !!! Le
rapport fait état d’une pénurie de l’ordre de 6 à 7 millions de travailleurs
qualifiés d’ici 2025 !
- C’est énorme.
- C’est surtout le deuil ne notre
économie.
- L’écroulement de la société.
- La disparition de
l’Allemagne !!!!!!
- Alors comme il ne faut pas
compter sur une hausse de la natalité vu qu’il n’y a aucune raison que nos
familles se remettent, subitement, à faire 3 ou 4 enfants, il ne reste qu’un
espoir pour sauver notre Nation du désastre : l’immigration. Et seule une
succession de crises dans le sud de l’Europe, mais ailleurs aussi pourquoi pas,
pourra accélérer la venue chez nous des travailleurs dont notre économie et
notre beau pays ont et auront besoin. Et ces crises, la monnaie unique nous les
fera assurément !
- ASSUREMENT !!!!!!
Fin du document.
Epilogue
Depuis 2010 l’émigration en Allemagne bat tous ses records historiques.
Des travailleurs issus de
l’Europe de l’Est mais aussi et surtout des pays de l’Europe du Sud, durement
touchés par la crise : la
Grèce , l’Espagne en particulier, mais aussi l’Italie et le
Portugal. On dit même que ce phénomène est proche de gagner la France , les spécialistes
évoquant ce qu’ils appellent un « effet
Ribéry ».
La plupart de ces « exilés volontaires » sont jeunes.
La plupart sont qualifiés voire
très qualifiés.
Tous disent que leur décision est
irréversible et qu’en conséquence leur départ est conçu comme définitif.
Fin de l'épilogue..